Conflit du Sahara Occidental: La surenchère marocaine

le roi6 2636455 465x348p

Le Front Polisario a célébré, hier, dans les territoires sahraouis libérés, le 45e anniversaire du déclenchement de la lutte armée contre l’occupant marocain, en présence de nombreuses délégations étrangères.

La célébration de cette année présente un goût particulier pour le peuple sahraoui qui lutte depuis près d’un demi-siècle pour son droit à l’autodétermination.

Elle vient en effet couronner une année riche en victoires diplomatiques et juridiques, parmi lesquelles celle qui a vu l’avocat général de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), Melchior Wathelet, déclarer en janvier dernier «invalide» l’accord de pêche signé entre le Maroc et l’UE.

 

Ce n’est pas la première fois que les accords passés entre l’UE et le Maroc étaient remis en cause. Le 21 décembre 2016, à la suite d’un recours contre l’accord agricole en vigueur entre ces deux parties, la CJUE avait également jugé que les conventions passées avec le Maroc se devaient d’être conformes «aux règles pertinentes du droit international applicables dans les relations entre l’Union et le royaume du Maroc» et que, par conséquent, l’accord ne s’appliquait pas «au territoire du Sahara occidental». Autrement dit, le Sahara occidental n’est pas marocain.

Les délibérations la CJUE ont fait l’effet d’un coup de massue au Maroc. Complètement déstabilisées, les autorités marocaines cherchent depuis l’escalade avec le Front Polisario afin de compliquer le règlement du conflit du Sahara occidental.

Au prétexte que les Sahraouis ont violé l’accord de cessez-le-feu, Rabat a d’ailleurs menacé dernièrement d’attaquer des positions du Front Polisario dans les territoires sahraouis libérés. Ces menaces ont été réitérées samedi.

Énième dérobade

Lorsque le roi Mohammed VI parle de viol du cessez-le-feu, il fait allusion à l’administration par la RASD de certaines localités des territoires sahraouis libérés, parmi lesquelles Tifariti, qui a accueilli d’ailleurs hier les festivités du 45e anniversaire du déclenchement de la lutte armée contre l’occupation marocaine.

Pour les spécialistes du dossier, «l’argument marocain ne tient pas du tout, puisque les accords militaires de 1997 montrent bien que les localités dont il est question sont nettement en dehors des zones tampon séparant les deux belligérants». De l’avis des mêmes spécialistes, «le Maroc cherche en réalité, à travers ses gesticulations, à trouver une échappatoire pour ne pas s’asseoir à la table des négociations avec le Front Polisario», ainsi que le recommande d’ailleurs la dernière résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur le conflit du Sahara occidental.

Cette résolution, résultat d’un consensus américano-russe, impose aux belligérants un renouvellement, seulement pour six mois et non pour un an comme d’ordinaire, du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso). En agissant de la sorte, le Conseil de sécurité avait à l’esprit de mettre ainsi une pression maximale pour obtenir des résultats au Sahara occidental. L’injonction américaine a carrément provoqué la panique au Maroc, qui ne veut pas que les choses évoluent, d’où d’ailleurs son agressivité.

Détermination sahraouie

La dangereuse escalade marocaine s’accompagne, depuis quelques semaines, de provocations à l’égard de l’Algérie, que le roi Mohammed VI cherche clairement à impliquer dans la crise.

La dernière provocation en date remonte à pas plus tard que samedi soir. Dans un communiqué, pour le moins violent, le ministère marocain des Affaires étrangères a accusé, entre autres, les autorités algériennes de «déstabiliser» le Maroc. Il s’agit de la troisième accusation en l’espace d’un mois.

Si l’Algérie a choisi de ne pas verser dans la surenchère et l’escalade, le Front du Polisario a tenu pour sa part, hier, à rafraîchir la mémoire aux autorités marocaines concernant précisément les territoires sahraouis libérés et les localités qu’il administre.

Le ministre sahraoui de la Défense, Abdallah Lahbib, a indiqué à ce propos que la célébration des fêtes nationales sahraouies dans les territoires libérés, à l’image du 45e anniversaire de la Journée nationale de l’armée de libération populaire sahraouie (ALPS) se veut «une consécration de l’exercice de la souveraineté de l’Etat du Sahara occidental sur ses territoires».

«L’ALPS est présente dans ces territoires depuis 1975 et non pas d’aujourd’hui, d’autant qu’une grande partie de ces territoires a été libérée dans les années soixante-dix du siècle dernier», a ajouté Abdallah Lahbib, qui a réaffirmé dans la foulée «la disposition de l’ALPS à défendre ces territoires et à payer un lourd tribut pour recouvrer la souveraineté de l’Etat sahraoui sur l’ensemble de ses territoires». Comme à ses habitudes, le Front Polisario a le mérite cette fois encore d’être clair.

Zine Cherfaoui