Le 13 septembre 1957, tombait au champ d’honneur Nour Eddine Rebah DE SAINT EUGENE A BOUHANDES

nour

« Si nous venions à mourir, défendez nos mémoires ».

Didouche Mourad.

Le 13 septembre 1957, au cours d’un terrible accrochage entre l’armée de libération nationale (ALN) et l’armée française, dans le djebel Beni Salah, à Bouhandès, à quelques kilomètres au sud-ouest de Chréa, dans le massif blidéen de l’Atlas tellien, tombait, au champ d’honneur, pour l’indépendance du pays, l’arme à la main, Nour Eddine Rebah. Il était voltigeur au commando de la zone 2 de la wilaya 4.

Avant de s’engager dans la lutte armée, il était étudiant à l’université d’Alger, dirigeant des Jeunesses communistes et membre du Conseil de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (FMJD).

« Sa mort hante mes nuits » me confia le chef de la zone 2, Ali Lounici. Le souvenir de la mort au combat de Nour Eddine Rebah ne le quitta jamais.

 

Nour Eddine Rebah, qui doit son éveil politique précoce à ses oncles maternels, Makhlouf et Ali Longo, militants au syndicat CGT et membres du Parti communiste algérien (PCA), est né le 20 juin 1932 dans le vieux quartier andalou des Ouled Sultan, à Blida. Aîné des neuf enfants d’Ahmed Rebah et Hafsa Longo, il fait ses études primaires successivement à Blida (école Cazenaves), Charon (aujourd’hui, Boukadir, à l’ouest de Chlef) et Alger (école de la rue du Soudan, dans la Basse-Casbah). A Saint Eugène (Bologhine, banlieue d’Alger), enfant, il suit l’école coranique tenue par l’imam cheikh Sahnoun.

Après avoir passé brillamment le concours national des bourses, il entre au Collège moderne du boulevard Guillemin (aujourd’hui annexe du Lycée Okba), à Bab El Oued. Il termine, ensuite, le cycle secondaire au Lycée Bugeaud (Lycée Emir Abdelkader, actuellement), en classe de philosophie. Il mène de pair ses études et l’activité politique anticoloniale intense dans laquelle il s’était pleinement engagé et qui le mène, en tant que militant du PCA, à intervenir dans les meeting visant à mettre en échec la répression qui s’abattait, alors, sur les militants du mouvement national, et particulièrement sur les membres de l’Organisation spéciale (OS), dans ces années 1950.

Une dimension internationale

En août 1950, à l’âge de 18 ans, Nour Eddine Rebah fait partie de la délégation algérienne au 2ème congrès de l’Union internationale des étudiants (UIE), tenu à Prague, qui voit la participation des militants anticolonialistes que les Algériens connaîtront plus tard, comme Maître Jacques Vergès ou le professeur d’économie Gérard Destannes De Bernis. Devant les représentants des étudiants venus de tous les coins du monde, il fait un exposé saisissant sur la misère des enfants algériens sous le colonialisme. Une année après, en 1951, à Berlin, au festival mondial de la jeunesse, placé sous la présidence d’honneur du savant Frédéric Joliot-Curie, il rencontre les poètes Pablo Neruda (Chili) et Nazim Hikmet (Turquie). En 1953, au défilé inaugural du festival mondial de la jeunesse de Bucarest, il est en tête d’une importante délégation algérienne comprenant des personnalités de la culture comme Mahieddine Bachtarzi et Mustapha Kateb. Brandissant une banderole avec le mot d’ordre, écrit en arabe, «la jeunesse algérienne en lutte pour l’indépendance », la délégation est acclamée par des centaines de jeunes venus du monde entier.

Entre temps, il obtient le bac et s’inscrit, en novembre 1952, à la Faculté de médecine de l’Université d’Alger. En décembre 1953, il est élu vice-président de l’Association des étudiants musulmans d’Afrique du Nord (AEMAN), dans un contexte fortement marqué par la diffusion des idées marxistes dans les milieux universitaires.

Les conditions matérielles très difficiles le contraignent, en octobre 1954, à prendre un poste d’instituteur à Ain Rich, à 300 km au sud d’Alger, tout en continuant à suivre ses études par correspondance. Dans ce douar isolé, il a à apprendre à lire et à écrire à des enfants aux conditions de vie des plus pénibles : pieds nus, en haillons et la faim au ventre, ils effectuaient de longs trajets pour arriver à leur école-gourbi, comme l’appelaient, à ses débuts, les autorités coloniales. Les anciens d’Ain Rich qui l’ont connu gardent en mémoire sa sollicitude à l’égard de ces enfants, privés de tout, qu’il aidait comme il pouvait.

En mars 1955, il retourne à Alger et reprend le chemin de l’université. Pendant les vacances d’été, il travaille à Tourisme et Travail à Cap Aokas, près de Bejaia, puis, à la rentrée suivante, au Collège de Tizi Ouzou (aujourd’hui lycée Amirouche) comme maître d’internat. C’est évidemment, pour lui, une « couverture » à ses activités militantes. Il est, en effet, connu des services de la DST, pour avoir été arrêté à deux reprises, en octobre 1952 et en avril 1953, en prolongement de l’affaire appelée « complot des pigeons », lancée à Paris. Conduit au siège de la DST, qui se trouvait à Bouzaréah, Nour Eddine Rebah a refusé, les deux fois, de répondre aux questions des policiers et de signer le PV de son interrogatoire.

L’engagement dans la lutte armée

En octobre 1955, il intègre, à Alger, un groupe des Combattants de la libération, organisation armée créée par le PCA. Il prend part à l’acheminement, vers le maquis de l’Arba, près d’Alger, d’un lot des armes récupérées par son ami Henri Maillot, le 4 avril 1956, lors de la capture d’un camion de l’armée française.

En juillet 1956, suite aux accords FLN-PCA, il intègre les rangs de l’ALN. Amar Ouamrane, chef des maquis de la zone 4 (qui deviendra wilaya 4, après le congrès de la Soummam), l’affecte au commando dirigé par Ali Khodja, dans le quadrilatère montagneux l’Arba –Tablat -Palestro (actuelle Lakhdaria)-Fondouk (actuelle Khemis el Khechna). En octobre, il fait partie du commando chargé d’organiser la lutte armée dans le sud de l’Ouarsenis, à partir du douar Beni Hendel.

Après la retentissante élimination du sinistre Masmoudi, auteur du massacre, en août 1956, de djounoud du premier détachement conduit par Si Abdelaziz, Nour Eddine Rebah, un des artisans de cette opération, est promu au grade d’officier-commissaire politique de la région d’El Meddad-Theniet el Had, nouvellement créée. Il a pour mission d’organiser la lutte dans la région de Vialar (Tissemsilt, aujourd’hui) au cœur du Sersou. C’est à cette période qu’il rencontre incidemment, dans un refuge, un ami de Saint Eugène, le docteur Youcef Damardji, installé à Tiaret, qui tombera plus tard, lui aussi, au champ d’honneur.

Les moudjahidine, survivants de cette région, se souviennent de Nour Eddine, leur commissaire politique et, particulièrement, de la façon dont il réussit à démêler l’affaire du caid Ben Youcef, chef de l’ancestral réseau caidal d’Ighoud-Beni Maida, tissé par les Ben Ferhat.

Arrêté fortuitement par l’ALN, en février 1957, le caïd est conduit au poste régional de commandement où Nour Eddine Rebah le convainc, après des heures de discussions et en lui assurant la vie sauve et la liberté, de se mettre au service de l’ALN. Il évite ainsi la création d’une harka dans la région. Découvert par la suite, le caid Benyoucef est arrêté par l’armée française et condamné avec d’autres membres de sa famille pour « collaboration » avec l’ALN.


Mort sans sépulture

L’action menée au Sersou aurait pu valoir à Nour Eddine Rebah d’accéder à de plus grandes responsabilités au niveau de la zone; c’était, d’ailleurs, le sentiment de Si Mohamed Bounaâma, futur chef de la wilaya 4. Il n’en fut pas ainsi. A la grande surprise des djounoud qui lui vouaient une grande estime, Nour Eddine Rebah est appelé précipitamment, par ses supérieurs, à quitter la région. C’était en mars 1957. La machine de l’ostracisme se mettait en marche dans la wilaya 4. Elle touchera les anciens cadres du PCA qui s’y trouvaient, tels Bouali Taleb, Abdelhamid Boudiaf ou Mustapha Saadoun. Dans un recueil publié par l’historien Mohamed Harbi, Les Archives de la Révolution, Abdelhamid Boudiaf, un des premiers commissaires politiques de l’Orléansvillois (Chlef), décrit cette pratique sectaire qui s’est traduite, dans le cas de Nour Eddine Rebah, par une forte pression pour le faire fléchir et l’amener à renier les idées politiques généreuses, qu’il portait depuis son jeune âge, sur l’avenir social de l’Algérie une fois indépendante. Nour Eddine Rebah, qui refuse de céder à ce diktat idéologique, traverse alors un moment très dur. Une phase dite « de transit », consistant à le faire passer d’un groupe à l’autre, sans arme; en fait, une mise à l’écart.

A la fin du mois d’août 1957, après avoir décliné l’offre d’une formation à l’Ecole militaire de Baghdad, il rejoint, à sa demande, le commando de la zone 2 de la wilaya 4, en qualité de voltigeur. Il est doté d’un fusil MAS 49. Cette unité d’élite s’était distinguée, quelques jours plus tôt, le 3 septembre 1957, dans un accrochage avec un commando de parachutistes, dans le secteur d’Ouled Benaissa, au sud-ouest de Médéa, où, de l’aveu-même de la presse coloniale, l’armée d’occupation subit de lourdes pertes.

L’instant fatal arrive le vendredi 13 septembre 1957, dans le djebel Beni Salah, au sud-ouest de Chréa. Arrivé la veille dans la cuvette d’oued Merdja, avec ses compagnons des commandos des zones 1 et 2, majoritairement étudiants et lycéens, il est encerclé par l’ennemi. Au petit matin, l’alerte est donnée quand l’armée française actionne son dispositif infernal : les bombes au napalm larguées par les B-26 enflamment le lit de l’oued pendant que les obus de l’artillerie s’écrasent sur Bouhandès. Son fusil MAS 49 à la main, Nour Eddine Rebah tente une percée du côté de l’Ancienne Redoute, dans le massif Guerroumène dominé par les parachutistes du général Massu. Les premières balles ennemies sont pour lui. Grièvement blessé, il rend l’âme dans des circonstances encore inconnues.

Il avait 25 ans.

Mort sans sépulture, mais d’une mort tranquille. Sans reniement de ses idées et principes, malgré le spectre hideux de la « fosse » (ech châaba, allusion à la liquidation physique) constamment agité, au maquis, par des « frères d’armes » à l’esprit malheureusement étroit.

Après sa mort, son nom continue à être cité au Tribunal permanent des forces armées d’Alger, dans des procès intentés à ses amis Georges Acampora, Yahia Briki et Abderrahmane Taleb. Nour Eddine Rebah est même condamné à mort par contumace, en mars 1958, alors qu’à cette il n’est déjà plus de ce monde.

Sur les lieux de son dernier combat, dans la vallée d’oued El Merdja, à Bouhandès, où, quelque part dans le ravin, se trouvent ses restes blanchis, une modeste stèle, érigée en 1987 par ses anciens camarades de la zone 2 de la wilaya 4, rappelle son souvenir et celui de ses jeunes compagnons d’armes tombés au champ d’honneur, en ce vendredi 13 septembre 1957.

Mohamed Rebah
Chercheur en histoire
Auteur de
Des Chemins et des Hommes, paru à Alger en novembre 2009
Taleb Abderrahmane guillotiné le 24 avril 1958, paru à Alger en avril 2013

Commentaires   

Igel
# Igel 18-05-2020 16:57
Revenons à l'instant précis où il avait su qu'il était touché, à ce moment précis où la douleur innommable, indescriptible causée par le projectile qui traverse les chairs et les organes, lui fait comprendre que le moment est venu de dire adieu. A ce moment unique où la douleur disparaît, anesthésiée par l,immense bonheur de tomber pour la Nouvelle Algérie. Et pensons maintenant au jugement de ce libérateur sur ce que ce pays est devenu.
christine hamad
# christine hamad 18-05-2020 07:25
Paix a son âme
Brave homme

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