Le personnage, controversé, a mené son ultime combat à Aïn Témouchent: Baba Arroudj, naissance d’une statue

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Après Jijel, Témouchent est depuis mardi la deuxième ville du pays à compter un monument rappelant le fondateur de la Régence d’Alger. Si l’ex-Igilgili a été libérée par lui en 1514 du joug des Génois, ce qui signa le début de l’ère ottomane en terre algérienne, Témouchent a été le lieu de l’ultime combat de Baba Aroudj par lequel il périt à l’âge de 54 ans. C’était un lendemain d’Aïd Seghir de l’an 1518, dont le 500e anniversaire coïncidait avec le 30 septembre dernier.

Cette date avait été primitivement retenue pour l’inauguration du monument, mais elle a dû être abandonnée pour probablement éviter l’impression d’une célébration qui aurait pu prêter à polémique. C’est finalement ce 20 novembre, jour du Mouloud, qu’une délégation ministérielle turque devrait participer à l’inauguration d’une statue à l’effigie du célèbre corsaire, à quelques encablures du lieu où il a rendu l’âme, pas loin de l’ex-Rio Salado (El Maleh).

 

C’était là où le soldat Garcia Fernandez de la Plaza, un fait d’armes pour lequel il a été anobli, a vigoureusement fiché sa lance dans le corps exténué d’un Baba Aroudj en bout de course d’une retraite éperdue avec quelques fidèles parmi ses soldats. H.-D. Grammont a mis fin en 1878 à l’indétermination du lieu du trépas dans le n°22 de la Revue africaine. Cette version est corroborée par ce que rapportait en ce temps la mémoire locale (voir encadré).

C’était en ce qui fut un gué de l’oued Maleh, flumen salsum, pour les Romains, en contrebas du pont qui enjambe le cours d’eau sur la RN2. Là encore est érigée une houita (un quadrilatère de modestes murets en lieu et place d’une koubba) que certains croient être un ancien mausolée dédiée à Baba Aroudj. Là, le corps impitoyablement étêté de Baba Aroudj a été abandonné, sa tête emportée en guise de trophée de guerre. Il avait la veille pris la fuite de Tlemcen, projetant de revenir de Mostaganem avec des renforts.

La capitale des Zianides qu’il tenait, venait de tomber aux mains des Espagnols appelés à la rescousse par des insurgés tlemcéniens révoltés par son despotisme. C’étaient les mêmes qui lui avaient fait appel contre leur souverain Abou Hammou Moussa, renié pour avoir accepté d’être le vassal de l’Espagne étendant sa Reconquista d’Andalousie vers le Maghreb.

Nul doute que le rappel de cette histoire va faire grincer des dents ayant en horreur les Ottomans, voire mettre en fureur tous ceux qui font des lectures sectaires de l’histoire nationale et qui poussent à son écriture avec une gomme (voir encadré). Pour en revenir au monument, il est installé superbement à un rond-point à l’entrée nord de Aïn Témouchent, au point de jonction entre la RN2 (Oran-Aïn Témouchent) et la RN35 (Tlemcen-Aïn Témouchent).

L’idée de sa fondation appartient à Joudour, une association témouchentoise. Elle n’est partie d’aucune considération autre que celle de matérialiser l’endroit où a péri un homme qui a marqué l’histoire nationale. Sa fonction est d’interpeller le passager sur un fait historique, sans souci mémoriel, juste celui de recoller les pans d’une identité nationale émiettée.

 

 

En 2011, à la faveur de la manifestation «Tlemcen, capitale de la culture islamique», Joudhour, avait émis le vœu que soit matérialisé par une stèle à l’instar de celle qui marque 40 km plus loin, le lieu de la conclusion du Traité de la Tafna (El Watan du 24/07/2011). Elle estimait, dans une approche apaisée de l’histoire, que ce serait également un argument en faveur du tourisme. Mais en 2011, les esprits n’étaient pas à la résilience.

En effet, du côté de Tlemcen, les descendants de ceux qui eurent maille à partir avec Baba Aroudj refusèrent que la manifestation dont leur ville était la capitale, soit liée à son nom. Du côté du ministère de la Culture, dont le portefeuille était détenu par une descendante du dernier monarque indigène de la principauté d’Alger, Salim Toumi, assassiné sur ordre de Baba Aroudj, on ne voulut également pas en entendre parler.

Par ailleurs, l’association qui a milité pour l’érection d’une stèle est celle-là même qui s’était engagée, bien avant la création du HCA, en faveur d’un colloque autour de Syphax, une rencontre qui, finalement, a eu lieu en septembre de cette année.

«Il est absurde que Tivoli, ville d’Italie près de laquelle Syphax rendit son dernier souffle et où il repose, consacre deux journées de célébration à la mémoire de cet illustre aguellid numide, bien sûr pour raison de tourisme culturel, et que nous ne fassions rien nous qui sommes ses compatriotes», s’était exclamé Abdelkader Bensalah, le président de Joudour, l’unique association culturelle de la wilaya encore existante parce qu’elle s’est mise prudemment à l’abri de toute promiscuité toxique pour éviter le couperet d’une administration locale plus sourcilleuse du le respect de la lettre de la loi que de son esprit.

Apparemment, depuis que les Turcs se sont investis dans la réhabilitation de la mosquée Ketchaoua, comme du qasr El Bey à Oran, un certain dégel s’est opéré.

Le 20 avril 2016, l’attaché culturel de l’ambassade turc, portant le nom de Baba Aroudj, sans en être le descendant, a assisté à une rencontre sur cet illustre corsaire au centre universitaire de Témouchent. C’est TKA, l’agence de coopération turque qui a été la cheville ouvrière à Ketchaoua, qui a financé la réalisation d’une statue en bronze de Baba Aroudj commandée à l’artiste décorateur Mebbani Ali, alors que la wilaya a aménagé de façon grandiose l’espace devant la mettre en valeur.

Et depuis hier, il n’est pas un automobiliste qui ne ralentisse à l’approche de la statue. Certains s’arrêtent même pour des selfies. Depuis, enfin, il est question d’une vraie statue à l’effigie de l’Emir Abdelkader à la localité qui porte son nom et où le traité de la Tafna a été conclu. Une trilogie historique sera ainsi constituée avec la réalisation du projet de statue de Syphax à la suite du colloque sur le royaume massaesyle, dont la capitale est Siga, à une trentaine de kilomètres de là.  

M. Kali
Source ici 

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