OULED AOUAT (El-Milia) : Le Tombeau d'Othmane bey.

Tombeau d'Othmane bey de Constantine, non loin du petit hameau de Démina, tribu des Ouled Aouat (environs d'El Milia). L'inscription arabe est gravée sur une dalle de marbre blanc qui re-couvre la tombe, surmontée d'une petite colonne turbannée (1).

Traduction : « Ceci est le tombeau de celui qui a obtenu miséricorde, Sid Othmane ben Mohammed, bey de Constantine, lequel a été tué en ce lieu dit Khenag Alihem, territoire

des Oulad Aouat, en l'année 1219. » (12 avril 1804-31 mars 1805.)

Le bey Othmane, qui régna à Constantine du 25 mai 1803 à novembre 1804, périt de mort violente, ainsi que la grande majorité de ses collègues. Voici dans quelles circonstances :

Au commencement du siècle, un cherif marocain, El Hadj Mohammed ben L'Ahrech, fut nommé chef de la caravane des pèlerins du Maghreb, et accomplit en cette qualité le pèlerinage de la Mekke. Il y gagna une réputation de sainteté, et, après maintes aventures que nous n'avons point à rapporter ici, revint se fixer dans le pays kabyle où il entretint, au profit de son ambition, l'agitation toujours remuante des montagnards.

Tombeau d'Othmane bey.

S'alliant à un marabout de Redjas (environ de Mila), Si Abdallah-Zebbouchi, il poussa l'audace jusqu'à marcher sur Constantine, en l'absence du bey, alors en colonne chez les Righas.

Prévenu à temps, Othmane bey ne tarda pas à lui faire lever le siège, et poursuivit les rebelles à la tête de ses troupes régulières jusqu'à El-Milia. Un marabout des Béni Sebih, ben Bagherich, vint sur ces entrefaites offrir ses services au bey, se faisant fort de capturer le Cherif avec l'aide d'un corps de troupes.

Othmane eut l'imprudence d'écouter ses propositions, et se laissa entraîner par son faux allié jusqu'au coeur des montagnes insurgées. Des nuées d'ennemis ne tardèrent pas à paraître : il en résulta une effroyable mêlée, ou Ben Bagherich périt l'un des premiers.

Le bey roula avec son cheval dans une fondrière, et Zebbouchi, qui avait des ressentiments personnels à venger, le perça de coups. La tradition rapporte qu'il posa le pied sur son oeil borgne, ainsi qu'il se l'était promis, après quoi il le fit décapiter (2).

 

Gustave Mercier.

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1. Publiée pour la première fois par Féraud (Revue africaine, 1862, p. 124);

Société Archéologique de Constanline, 1870, p. 208. Nous donnons le texte de cet auteur.

2. Ernest Mercier, op. cit., t. III, p. 456. — Cf. sur le gouvernement de ce

bey Vayssettes, op. cit., Société Archéologique de Constantine, 1869, p. 470 et

sq. —, Féraud, Monographie de Gigelli, p. 208. — Presque tous les historiens

appellent ce bey Osmane. Nous avons suivi ici l'orthographe qui nous

est donnée par l'épitaphe.

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Source : Corpus des inscriptions arabes et turques de l’Algérie, Gustave Mercier, 1902, P85

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