Le cri irrépressible d’une mère : histoire vraie

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Une petite maison kabyle au fil du temps qui s’égrène dans le rythme presque immuable des saisons.
Le poids serein des siècles est maître du temps et des lieux.
Une vieille femme sent le froid de la mort monter doucement, mais inexorablement le long de ses jambes. Jadis véloces, ces jambes l’ont portée partout le long des collines, des adrets brûlants et des ubacs frais, le long des sentiers abrupts bordés de buissons d’arbousiers et de lentisques... / Lire la suite ici
 
Elles ont supporté pendant tant d’années la charge des olives et du bois de chauffage. Allongée sur son lit, le parcours de sa vie défile dans sa mémoire convoquée dans les derniers instants. Ses parents disparus viennent la visiter chaque nuit. Elle se voit courir, enfant, dans les ruelles, ou parmi les fleurs innombrables des prés. Elle entend ses rires d’insouciance, de joie inaltérable de vie promise à l’éternité.Son fils Ahmed, lui manque. Depuis qu’il est parti en France, il n’est plus revenu. C’est un amjah,(perdu) comme on dit. Année après année, elle espérait le voir un jour sur le seuil de la maison. Elle lui a pardonné de l’avoir privée de sa face chérie. Il lui envoyait de l’argent mais c’est son visage qui lui manque. Elle l’aime comme seule la chair peut aimer sa propre chair. Elle éprouve un désir tenace de le revoir, revoir son visage, promener ses mains sur son front, avant que ses yeux se ferment à jamais. kabyleElle ne peut partir comme ça, dans l’atroce douleur de la solitude.Elle perd ses forces, elle sent que bientôt Celle qui a raison de tout l’emportera dans son fleuve immense où tout devient vanité.Un jour, vers l’heure d’azouzwou, quand le soleil déclinant accorde sa clémence dans la brise vespérale, on la voit sortir péniblement de sa demeure. Elle vient à la tajmaath et regarde au Nord, appuyant ses mains diaphanes sur le tronc du micocoulier séculaire. Les hommes assis sur les dalles de granit se taisent. Elle crie trois fois le nom de son fils bien aimé. -Ahmedh! Ahmedh! Ahmedh! Et elle retourne chez elle. Huit jours plus tard, le village est surpris de voir son fils arriver. Pâle, répondant brièvement aux saluts, il va au chevet de sa mère. Elle ouvre ses yeux. – Je savais que tu viendrais. Elle tend les mains, le touche, caresse sa tête. – Merci mon enfant. Je peux m’en aller tranquille maintenant. Plus tard, les gens questionnent Ahmed. Il marchait dans une rue de Paris et il entendit, noyé dans une sorte de vent lointain, un appel. Trois fois le cri désespéré, par delà les hautes montagnes et la mer si vaste, avait retenti. Il se retourna sur le trottoir bondé de vie urbaine, le cœur battant. Il ne vit personne.Mais il savait ce qu’il devait faire. Merci à Mustapha Amarouche de nous a bien raconté cette belle histoire...
BONNE JOURNÉE À TOUTES ET À TOUS.