DIDOUCHE MOURAD, LE FIN STRATÈGE ET L’ANGE GARDIEN DE LA RÉVOLUTION

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Quelle était cette étincelle qui alluma le feu dans le cerveau d’un jeune enfant ? où, soudain, un jour, il reçut la vérité, entre les deux yeux, d’une révélation ; la libération de son peuple ? Quand et comment ce garçon, qui venait juste de sortir de l’adolescence, s’était-il mis de telles idées en tête ? Quelle était cette faculté de discernement fleurie d’une sensibilité, encore innocente, le poussa subitement à croire raisonnablement à un idéal d’indépendance, lointain et hors de portée,avec une conscience politique naissante et, déjà, radicale ? Quels étaient les événements, les incidents qui marquèrent cet esprit, encore frais, sans insouciance et qui ne demandait qu’à jouir de l’effervescence d’une vie pleine de jeunesse? Quel était le premier élan déclencheur qui le poussa vers une adhésion aux idées nationalistes ? et, quelle était la raison, de cette solide croyance qui l’animait etqui le décida, très tôt, que l’ultime moyen de l’emporter sur le colonialisme était la lutte armée ? une histoire familiale douloureuse causée par l’injustice coloniale ? un destin injustement inter-rompu ? le statut miséreux de son peuple face à l’opulence ostentatoire des européens ? Personne n’a la moindre idée. Bien, que nous avonsbeaucoup cherché ; le mystère de l’engagement précoce, de Didouche Mourad, reste entier.

 

Mais, sans prétendreapporter une réponse toute faite, nous pouvons, d’ores et déjà, affirmer qu’un homme ne peut être enflammé par une idée fixe qui conditionna toute sa vie que si un événement l’a ébran-lé.Son génie en devenir, illustré par une grande faculté d’analyse et une puissante intui-tion,ne pouvait passer à côté des blessures béantes indélébiles et dessouffrances pro-fondes,vécues en silence, par son peuple. Sa fréquentation, dès son jeune âge, au Scouts Musulmans Algérien (S.M.A), véritable école du nationalisme, avait certainement participé à un tel éveil politique.Les premières douleurs de l’esprit, d’un enfant, germèrent, se déve-loppèrent et marquèrent pour la vie le futur de l’homme. Sa souffrance de l’âme et sa ven-geance, sans savoir complétement,contre qui, le pressèrentd’adhérer à l’âge de 16 ans au parti du PPA (Parti du Peuple Algérien).

Nous voulons essayer de suivre les détours empruntés par la pensée de Didouche Mourad et la ramener à son engagement précoce afin de mieux cerner sa personnalité.Nous sommes partis sur sa trace, depuis quelques moments, car il nous a semblé découvrir en lui, au fur et à mesure de nos recherches et nos lectures : une pépite rare. Un modèle d’abnégation, hors du commun,sur lequel, notre jeunesse Algérienne devrait prendre le relai pour achever l’œuvre de Didouche Mourad, jusqu’ici, déviée de ses véritables objectifs à des fins mercantiles. La tolérance confessionnelle, la liberté de conscience politique et philosophique, la construction d’un pays moderne et performant, dont, on exprimera le bonheur d’y vivre.La vie de Didouche Mourad, relativement courte, et pourtant féconde en termes d’idées nouvelles, modernes et progressistes. C’était l’architecte, le concepteur in-contesté, l’animateur infatigable, le visionnaireet Le père de l’insurrection, le chef de la ré-volution1, l’homme par qui l’éclosion du FLN/ALN était possible. Didouche Mourad, contrai-rement aux autres chefs historiques, était un pur révolutionnaire.Il avait compris avant tout le monde, que le système politique des partis, basésur les querelles intestines stériles entre messalistes et centralistes n’aboutissait à rien et qu’il fallait se résoudre à créer de nouvelles structures saines (Création du C.U.R.A et puis FLN/ALN), pour engager la lutte armée, seule alternative, pour libérer le pays des mains d’une domination coloniale, têtue etbornée qui campait sur des schémas habituels demépris, de racismes et de l’exploitation de notre terre spoliée.L’identité de l’Algérien a été effacée, démantelée et écrabouillée, jusqu’à la réduire au simple terme péjoratif d’indigène ; sous-entendu le sauvage, incapable de réfléchir, en somme : Une bête.Didouche avait toujours exprimé sa confiance au soulèvement du peuple le moment venu. Mais alors, comment empêcher, un peuple à se révolter, quand on pense à tout ce qu’on faisait pour extirper son âme, à ses monstres qui brisait son humanité et qui voulaient le ravaler au rang de la bête.
Les tragiques évènements du 8 mai 1945, auxquels il participa activement aux manifesta-tions, renforcèrent, encore plus, la conviction de Didouche, d’une façon définitive, d’opter pour la seule voie qui restait possible et exploitable, à ses yeux : la violence par la lutte ar-mée.Comme, étant,le seul puissantremède d’espoir, en vue, de menerle pays vers la liberté totale.
A 18 ans, il s’inquiéta, déjà,des pertes de repères de notre société. Et plus tard, il tenta de positionner la révolution sur les valeurs qui s’inspiraientdes modèles culturels, chers à nos pères et aïeux. Ressusciter les vertus de chez nous et suivre leurs exemplarités pour redorer le blason de notre riche culture en Algérie.Il reprit à son compte et remit au goût du jour, la formule chère à Farhat Abbas ; L’Algérie-Algérienne. Par opposition à MessaliHadj et,quelque part, Ben Bella, qui prêchaient l’Algérie Arabo-Islamique, comme programme de leurs engagements. Même si ce dernier avait réussi à lisser sa position, le pouvoir aidant, il resta sur la ligne, d’une lutte à la gloire du monde arabe, jusqu’à la fin de sa vie. Contraire-ment, à Didouche Mourad qui luttait pour la révolution d’une Algérie pour les algériens d’abord.
Fautede documents disponibles sur l’œuvre et l’engagement véritable de Didouche, ce per-sonnage de premier plan, oùsa vie avait été volontairement ignorée par les hommes, de second plan, qui se sont accaparés, par l’imposture, le pouvoir et endosser avec cy-nisme,tous les mérites relatifs à la légitimité révolutionnaire. Toutes les lumières étaient braquées sur leurs seules petites personnes.En dehors de quelques petites notices et des petits écrits sur des anecdotes d’un style insipide et sans couleurs, nous restons désemparés face à la hargne des hommesde vouloir bannir l’image du rôle historique d’un jeune homme brillant qui avait mis sa vie au service de la liberté du peuple Algérien.Un châtiment pire que la mort : l’oubli.
Mort jeune en martyr, n’était pas assez pour les opportunistes, il faut supprimer toute trace, effacer toute mention de ses actes,toutes contributions, toutes les valeurs de liberté, le fondement et de l’organisation de la guerre de l’indépendance.Avec un vague pincement de regret, nous constatons que de ce grand homme, il ne reste que le souvenir d’unnom associé à une grande avenue d’Alger et le nom d’une petite ville au Nord Constantinois. Peu se souviennent de sa gloire et d’avoir été un authentique révolutionnaire, un défenseur acharné de la liberté. Celui, qui avait forcé le destin, sans moyens, sans hommes, sans armes, avec sa seule volonté, inébranlable et inégalée, d’allumer la mèche de l’insurrection du 1er novembre 1954. Que Mourad Didouche se rassure, là où il se trouve, son appel ne restera pas vain : « Et si nous venons à mourir, défendez nos mémoires». J’espère que cet article est un préambule préparatoire, de notre part, pour écrire une œuvre biographique complète du Personnage. Il nous reste de faire des investigations et recueillir des témoi-gnages sur le terrain pour cumuler,encore plus, des informations exhaustives, sur lui, sur sa famille et son action.

Portrait
Nous le connaissons qu’à travers des photos en noir et blanc.Ces dernières laissaient entre-voir une allure, encore,d’un enfant qui a grandi si vite.Son physique se caractérisait par un visage ovale, des yeux verts, vifs, perçants, intrépides et francs qui inspiraient instinctive-ment confiance.Un regard profond etintense ; des hommes déterminés.Un nez droit etfin en harmonie avec le charme de son visage et une bouche aux lèvres minces.Une petiteet juvénile moustache naissante,partagée par une raie, qui tardait à s’épaissir. Les tracesdis-crètes d’un duvet, parsemé de poil,envahissaientses joues d’homme. Il surprenait par ses cheveux châtains et tiraient sur le roux2 vers les tempes. Sa tête, légèrement dégarnis sur les côtés, laissaient apparaître un front haut et un peu large.
Didouche Mourad était un homme honnête et digne de parole. Dès son jeune âge, il avait manifesté un sens aigu, et pratique, de la justice et la liberté. Il ne pouvait supporter de voir les plus forts martyriser les plus faibles. Aussi lui arrivait-il souvent de prendre la défense de ces derniers.
On l’a souvent décrit comme étant, courageux, animé d’un sang-froid etune volonté iné-branlable3. Didouche Mourad toujours volontaire, infatigable ne posa aucune condition pour mener ses missions4, un stratège5, un exalté !!!!, le tout petit6(jeune), une faible cul-ture musulmane7. Gibert Meynier apporta lui-même la contradiction de son propos en af-firmant, quelques pages plus loin, que le parti lui donna un statut respectable en lui incul-quant les vertus islamiques.Bon « allumeur de mèche »8.Une force de conviction, un don inné de la nature, Il savait parler à l’intelligence des hommes et faisait preuve d’une grande écoute. Il savait faire la synthèse des situations compliquées. Ce n’était pas un hasard, si tous les responsables du mouvement révolutionnaire furent séduits par sa maturité, son pragmatisme, sa probité, son esprit critique, son exemplarité, la justesse de ses analyses et ses qualités intellectuelles. Didouche Mourad avait toujours dominé9, ceux avec qui il avait travaillé. Il faut, quand même, admettre sa haute pensée pour se faire remarquer par les hommes influentset qui finissaient, toujours, parépouser ses idées. Il étonna tout le monde, par sa jeunesse, à se faire nommer comme responsable de la zone II, sans que personne ne trouva rien à dire10.Bien, qu’il fut le premier, à prêcher la violence, parmi ceux qui voulaient en découdre avec le système colonial, et contrairement à ce qu’on pourrait croire, Di-douche Mourad n’était pas une tête brulée11.Quand on analyse bien les propos des uns et des autres à son égard, on lui découvreen filigrane l’étoffe des hommes révolutionnaires illustres qui avaient contribué à changer la face du monde. Comme Lénine, il savait parler à l’intelligence des hommes, faire vibrer le sentiment patriotique et verser sa haine abyssale contre le colonialisme. Ce qui lui a valu le sobriquet « allumeur de mèche ». Comme Maotse-Toung, dont il a certainement étudié en profondeur, par ses lectures lors de son passage à la CGT, l’histoire de la révolution chinoise. Il avouait, lui-même, une grande sym-pathiepour les tactiques politico-militaires et le statut hiérarchique, particulierde Mao, de mener en parallèle le rôle de chef du parti et chef militaire, dont il copia le modèle en créant le FLN/ALN. Il aimait citer les leçons qu’il avait retenues, de guérilla de Mao Tsé Toung. Commel’émir Abdelkader, homme de foi, de culture, connu pour sa tolérance, éveilleur de conscience etdéfenseur infatigable de l’unité du peuple Algérien dans la résistance, face à la domination coloniale. L’ambition du jeune était allée jusqu’à prendre le nom de guerre de si « Abdelkader ». Comme Saint Just12, (Louis Antoine Léon de Saint-Just) , l’ange de la terreur, soutien indéfectible de Robespierre.Guillotiné jeune à 26 ans, Il était notamment l’inspirateur de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793. Ce n’était pas rien, que Yve courrière reprit le qualificatif avec lequel Ben Boulaid qualifiait Didouche Mourad et le compara à Saint-Just. Didouche Mourad, inspirateur et rédacteur de la pro-clamation du premier novembre 1954, le seul écrit,arrivé jusqu’à nous,connu de Didouche Mourad avec, certes, la participation de Boudiaf. Il proclama clairement, la laïcité etla liber-té de conscience, comme valeurs fondamentales (Voir la proclamation du 1er novembre 1954, but de l’indépendance nationale, article 2) :« Le respect de toutes les libertés fonda-mentales sans distinction de race ni de confession ».La violation de ce principe, par la sour-noiserie, le manque de courage,ou la médiocrité intellectuelle des pouvoirs successifsdepuis l’indépendance, par l’adoption de l’article 2 de la constitution Algérienne :« L’islam est la religion de l’Etat et l’éligibilité à l’exercice du pouvoir est tributaire de l’adhésion à la foi islamique » est une contradiction, flagrante, avec les premières résolutions, les prémices d’un fondements de la nouvelle nation Algérienne, illustrés à traversla proclamation du 1er novembre 1954. Mais, comme on dit chez nous,une branche cassée ne tue pas l’arbre et ce qui est puissant dans une idée, reprendra, tôt ou tard le dessus, par la force des choses. Ne perdant pas de vue, qu’à cette époque, Didouche Mourad n’avait que 26 ans en rédigeant la proclamation du 1er novembre 1954 et la déclaration de L’ALN. Les prises de position de Didouche Mourad ne laissaient aucun doute sur sa véritable tendance politique, celle, d’un républicain démocrate, à l’image de Hocine Ait-Ahmed,Farhat Abbas et Albane Ramdane. Mais on se désole l’absence, pourtant fondamentales de la priorité du pouvoir civil sur le militaire. Didouche Mourad possédait, indéniablement, la somme des qualités des hommes illustres cités ci-dessus. Il fit une vision révolutionnaire avec une synthèse adaptée spécifi-quement au caractère pluriel de la culture Algérienne. Il lui a manqué le temps, pour murir sa fécondepensée à travers, l’expérience les combats militaires et politiques, acquérir une suffisance et une assurance pour mettre en avant, comme point cardinal, central et absolu : la liberté de conscience intime, confessionnelle et politique, et le pouvoir civil fondé sur le choix du peuple.Le caractère militaire du pouvoir en Algérie était issu du contexte qui avait vu la naissance du FLN/ALN issu du socle de l’OS. On s’en souvient, en 1954,l’ALN avait commebase, l’ossature des adhérents de L’OS qui avaient tous un profil militaire et qui de-venaient, systématiquement, soldats de L’ALN. Les chefs de Wilaya, eux-mêmes, étaient en même temps militaires (ALN) et politiques (FLN).Didouche Mourad avait, sans conteste, contribué à mettre en place ce système. Il avait certainement imité et validé, de bonne grâce, les structures politico-militaires de la révolution chinoise.
Faire admettre la priorité du politique sur le militaire était une tentative du combattantde Albane Ramdane. Cette tentative, de séparation du politique et du militaire, n’a jamais eu de succès. Albane Ramdane était, aussi, un moudjahid de grande qualité intellectuelle, la tête politique de la révolution13, le Robespierre de la révolution Algérienne14et le père du congrès de la Soummam. Il s’était essayé, mais les révolutionsavaient toujours tendance, comme une malédiction, d’écrabouillerses meilleurs fils, ceux-là mêmes, qui s’échinaient à la mettre en route.
Nous allons rendre vie au siècle passé en faisant jaillir en plein lumière l’histoire de Didouche Mourad, un enfant que seule l’Algérie savait faire. En espérant, que le siècle qui arrive, verra l’apparition d’autres jeunes à l’image de Didouche Mourad, pour achever le rêve de nos valeureux combattants,afin d’apporter la même ardeur que Didouche et bâtir le pays, pour en faire un grand pays de liberté, moderne et développé.
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Famille

Issu d’une famille paysanne, ses parents étaient originaires d’une dechra en Kabylie à Lbsa-kriene commune des Aghribs Daïra d’Azeffoun Wilaya de Tizi-Ouzou. Elle émigra à Alger au début du 20 e siècle et s’installa à El Mouradia. On ignore les raisons de cet exil. Hocine Ait-Ahmed décrivait, avec force détails, le contexte dans lequel vivaient les habitants de Lbsa-kriene ; un havre de paix et de solidarité. Apprécions le ton avec lequel il décrivait cette harmonie15 : « Grace à leur esprit de solidarité, les gens d’Iveskryen avaient sauvegardé leurs traditions et culturelles. Tous les enfants fréquentaient à la fois l’école coranique, construite par la communauté elle-même, et l’école française. Chacun contribuant à sa mesure, sous forme d’argent ou de labeur, ils avaient multiplié les fontaines, les bains publics, les réseaux d’irrigation ; de la rocaille, ils avaient fait surgir des vergers »
La famille Didouche était partie s’installer auprès de la grande communauté d’Azaffoun et Lbsakriene (ou Iveskryen)déjà sur place à Alger pour bénéficier de la solidarité légendaire qui caractérisait ces Dchours. Ce phénomène a été observé, aussi, pour l’émigration des Algériens en France, où chaque,nouveau, émigré partait rejoindre les personnes de sa ré-gion. Pour arriver à une famille paysanne d’abandonner sa terre ancestrale, chose sacrée chez nous, de quitter son espace naturel et sa région pour se lancer dans une aventure aussi lointaine et incertaine, il fallait être confronté à une contrainte de cas de force majeure. Cet arrachement à son environnement naturel demeura comme une blessure interne béante, douloureuse, vécu secrètement sous silence, sans plaintes ni gémissements. Toute émigration, familiale ou personnelle, étaità l’origine d’une fuite de la misère, d’un drame ou d’une injustice. C’était une fuite, avec l’espoir de subvenir aux besoins vitaux de sa famille. Dans l’esprit du paysan,victime d’une injustice,le déracinement sera vécue comme une douleur muette, et engendrera un sentiment d’impuissance souvent le moteur des révoltes inattendues.
La famille de Didouche Mourad est restée absente de tous les commentaires et les débats. On ignore jusqu’à l’identité de sa mère, de sa femme, ses enfants,ses frères et sœurs. La confusion règne aussi au niveau du prénom de son père. Deux versions circulent,l’une lui attribuait le prénom de « Said », l’autre « Si Ahmed ». Didouche Mourad avait-il fondé une famille ? Oui, Hocine Ait-Ahmed le confirma16 « Mourad Didouche toujours volontaire, pas la moindre condition, et pourtant il a un commerce et il est chargé de famille ». Didouche Mourad avait-il des enfants ? Oui, le 13 mai 2013 le site de la Daïra de Azeffoun, nous ap-prenait, qu’en hommage à ce grand homme, le chef de Daïra avait invité ses deux fils17.En outre, il avait un frère, Hamid alias Rachid18, qui avait participé à la guerre d’indépendance, et dont la place du Golf à Alger porte, désormais, son nom.
Les parents de Mourad Didouche, travailleurs acharnés, gagnaient bien leur vie. Ils possé-daient un bain maure près de la cathédrale dans la basse Casbah et un petit restaurant rue Meissonnier au cœur de la ville d’Alger, appelée actuellement rue Farhat Boussaad. Les pa-rents, de braves gens, élevés dans la vertu du labeur et la solidarité familiale, se plaignaient de l’attitude désintéressée, de Mourad, dans l’accomplissement de ses tâches au sein du clan familial. Son père Ahmed avait coutume de le traiter de « Voyou19 »tellement désolé de le voir courir à droite et à gauche à ne « Rien faire de bon ». Alors, que la plupart, l’enviait, du privilège d’avoir une place toute trouvée au sein des affaires familiales ! Mais la révolution appelait le jeune homme, au prix des liens tendus avec sa famille. Il laissa la res-ponsabilité à ses parents, qui avaient une option développée du sens de la famille, pour subvenir aux besoins des siens. Le père était bien loin de se doutait de l’emploi que faisait Mourad de l’argent péniblement gagné qu’il lui donnait. Il finit, d’ailleurs, par se lasser et donna au jeune homme, qui la réclamait, sa part de l’héritage. Qui alla rejoindre directe-ment, les caisses vides du C.R.U.A.(Comité Révolutionnaire d’Unité et d’Action).En outre, Didouche Mourad, qui menait une vie clandestine, subvenait aux besoins de Rabah Bitat et Ben M’Hidi à Alger.Au passage on notera que Ben Boulaid hypothéqua20, comme Didouche, une partie de ses biens, au profit du C.R.U.A, pour combler les besoins financiers du mou-vement.Pendant des mois, le sort de quelques-uns de ceux que l’on appellera plus tard les chefs historiques tint à la générosité révolutionnaire du fils d’un petit commerçant, le père de Didouche, et de celle de la famille Ben Boulaid.
A la veuille des 90 ans de Didouche Mourad (13 juillet 2017), nous lui rendons un éclatant hommage en essayant de retirer la poussière des années qui s’était accumulée sur son nom, avec la bienveillance et la complicité de ceux qui écrivaient et louaient les mensonges historiques de tous ceux qui occupaient la lumière. Mais tout ce qui brille n’est pas or. Nous associons, notre hommage à toute sa famille qui resta à l’ombre, par rapport aux familles des combattants, de moindre envergure, fêtées et honorées avec éclats. Des hommages, aussi, à cette famille qui avait enduréles aléas de l’administration coloniale et particulière-ment à sa mère et sa femme dont les angoisses et inquiétudes avaient rongé leurs exis-tences. Bien évidemment, il n’y avait pas, pour une mère, de moments plus terriblesque de penser son fils sous les menaces multiples d’un danger permanent.

Jeunesse

Mourad Didouche naquit le 14 juillet 1927 et fut enregistré par son père, si Ahmed (Si Said), le 13 juillet 1927. Ce dernier recula délibérément, la naissance de son fils d’un jour afin d’éviter la coïncidence avec la fête nationale de l’ennemi colonial.Cette information, serait-elle une Légende ou un fait avéré ? si telle est la vérité, on peutdéjà, se demander sil’avènement de sadate de naissance n’était-il pas, un signe précurseur, vers les actes de résistance.Le père de Mourad savait-il que le 13 juillet représentait le début de la révolution Française de 1789 ? l’état d’esprit parental, à travers ce geste, ne dévoilait-il pas, les germes d’une opposition, contre la domination coloniale.L’héritage politique familial, avec des discussions des adultes occasionnelles et revêches,tenues imprudemment devant les enfants, sur les méfaits du système colonial, seraient-ils à l’origine d’un destin voué à la lutte,dont les contours étaient, encore, impondérables ?
Quel héritage politique ? probablement, mais ça ne reste qu’une supposition, des senti-ments hostilesà la puissance coloniale, et de haine envers la domination et l’asservissement de la population Algérienne. Le climat des révoltes sourdes familiales venaient-elles de si-gner le destin, déjà désigné, d’un enfantrebelle et révolté par l’injustice; vers un futur révo-lutionnaire ? avait-il été, à son âge,imprégnée par une hostilité indicible ? contre qui ? sans doute, il l’ignorait, à ce moment, lui-même. Et, ainsi,le temps et le hasard des rencontres firent le reste.
Il se faisait initier, très tôt, au nationalisme en se faisant inscrire dans le mouvement des scouts (S.M.A), véritable école du nationalisme. Il se faisait, vite, remarqué comme, étant, une promesse de l’avenir.Douéd’une intelligence concrète et un esprit vif et rapide. Et à juste titre, il créa, plus tard, à son tour, en 1946, la troupe de scouts « Al-Amal » dans la-quelle il entrainait des jeunes Algérois à la rectitude et à l’éveil des sentiments nationalistes. Plus tard, la majorité de ses élèves, scouts, adhérèrent à L’organisation paramilitaire de l’OS (Organisation spéciale). Il participa à la création du club de son quartier, le RAMA, club omnisports de la redoute. Il utilisa la passion du sport des jeunes pour leur ancrer, les valeurs de la discipline, les notions d’endurance et la logique d’aller jusqu’aux bouts de leurs efforts.Sans jamais abandonner l’objectif central ;l’éveil aux beautés des idées nationalistes. A moins de vingtans, en 1947, il était désigné comme membre du comité central des jeunesdans le parti PPA-MTLD. Il créa l’équipe sportive de foot, « Al-Sarie-El-Riadhi » d’Alger. Et enrôla, Zoubir Bouadjadj amoureux du foot, qui devint un ami de confiance dé-voué complétement à Mourad. Sur la proposition de Didouche Mourad ; il deviendra, plus tard, le responsable de secteur des groupes d’Alger de l’insurrection du 1er novembre 1954, sous la direction de Rabah Bitat.Didouche Mourad, désigné membre du bureau politique des jeunes PPA/MTLD, chargé, comme étendard du parti et support de propagande des idéesnationalistes et révolutionnaires.Une maturité incroyable, s’opéra, désormais, dans tous les compartiments de ses actions. Une attitude de leader prenait forme, travaillée par une ambition secrète de créer les outils pour faire triompher la libération de son peuple. Didouche était devenu un homme complet capable de s’adapter à toutes les situations. Au vu de ses expériences, il peaufina sa stratégie de meneur d’homme, sa connaissance sur la nature humaine et les méthodes pour convaincre. Il savait où il voulait y aller, sans perdre de vue, l’objectif visé à atteindre. Formé au secret et à la discrétion. Il développa le sens de l’observation et mesura les intérêts, sans se démasquer. Il resta placide, face aux choses superflues. Il se distingua par son sérieux et son sang-froid. Il ne donna son point de vue que si on le lui demandait, avec brièveté, concision et sans se perdre dans les préambules.Il suscitait toujours l’étonnement, mais on continua de le nommer par un sobriquet, relatif à sa jeunesse ; le petit22aux yeux des responsables, quand il s’agissait d’évoquer les mérites de Didouche. « Nous l’avons trouvé dans le ruisseau », avait coutume de dire de lui, en plai-santant, son ami Ahmed Mahsas Alias Ali Mahsas.Didouche Mourad avait suivi, normale-ment, ses études primaires à El-Mouradia, où il était né. Jusqu’à l’obtention de son certificat de fin des études primaires (CEP). Il s’orienta vers la technique, certainement pour ap-prendre un métier, au lycée le ruisseau situé à El Anasser. Jusqu’à la fermeture de ses portes lors de la seconde guerre mondiale. Il était contraint, de quitter Alger, pour aller suivre ses études au lycée technique de Constantine à Bab El Kanterra, certainement, le Lycée actuel de Khaznadar, construit en 1925. Il obtint son brevet(BEG).En 1943,lors de son séjour à Constantine, Il loua une chambre de bonne, dans une maison dominant le Rhumel23et devint un habitué de cette demeure. Pour la petite histoire, cette chambre lui servit d’un pied à terre pour ses séjours à Constantine, pour les missions du PPA et l’OS. Didouche Mourad s’attacha passionnément à cette région du constantinois. Avait-t-il tenté, comme le laisse supposer des témoignages oraux, de poursuivre ses études pour décrocher le BAC ? nous n’avons aucune preuve. Avait-t-il interrompu ses études en classe de première tech-nique ? nous n’avons, non plus, aucune trace. Il n’en demeure pas moins, à l’époque, c’était rare pour un indigène, d’être bardé des diplômes de CEP, CAP et BEG. Sa formation lui assu-rait un grand acquis intellectuel qui faisait de lui un lettré. Ses séjours à Constantine, lors de sa scolarité, laissaient des zones d’ombres qu’on espère, bientôt, élucider au niveau du ly-cée Kharnadar, où, apparemment on ne trouva, dans les archives de ce dernier, aucune trace de son passage.
Il décida de quitter Constantine, pour rejoindre sa famille à Alger. Il adhéra au PPA en 1943 à Alger, d’autres situaient son adhésion au PPA en 1942. Il débuta sa vie active, en se faisant embaucher au chemin de fer à la gare centrale d’Alger, dans un premier temps, comme cheminot, agent de maintenance en attendant de devenir conducteur de train. Attiré, par le discours24 des militants CGT, et par la fraternité qui régnait entre ouvriers. Il décida d’adhérer à cette organisation. La CGT le forma au rôle de militant actif et orienta ses lectures révolutionnaires. Il découvrit, les idiologies et les histoires glorieuses des grands hommes révolutionnaires. L’histoire de la révolution chinoise, avec Mao tsé-Toung. Certai-nement, la révolution Russe, avec les idées sur l’égalité des peuples. Didouche Mourad, par ses lectures et les débats entres militants,ytrouva, évidemment, d’autres idées qui faisaient contrepoids à certaines, de ses idées tabous et inutiles. Cette expérience professionnelle de sa vie, était une aubaine pour sa structure intellectuelle. Il finira, transformé, sûr de lui, en-richi philosophiquement et épousant de nouveaux concepts idoines ; sur les révolu-tions,précis et modernes ; sur la finesse de la pratique d’analyse révolutionnaire, des com-bats et des luttes. Mais, il se heurta, néanmoins, à un constat paradoxal ; le comportement d’une communauté paisible et unie par la fraternitéà l’intérieur de l’entreprise, au travail, et une autre communauté divisée, méprisante et indifférente, l’une envers l’autre, à l’extérieur. Dès la fin dutravail, s’arrêtait la fraternité et la solidarité ; les européens ren-traient chez eux dans leurs luxueux habitations et les Algériens dans leurs taudis. Et, comme par magie, les européens, ignoraient, soi-disant, leurs camarades Algériens en dehors du travail. C’est, ainsi, que Didouche Mourad, deviendra, certes, un pur révolutionnaire, mais au travers, d’une logique adaptée à la culture Algérienne.
Hocine Ait-Ahmed, devint responsable de l’OS, le 13 novembre 1947, en remplacement, de Mohamed Belouizdad, souffrant de la tuberculose. Décida d’organiser, une réunion au complet du comité central des jeune du PPA. Il était composé de, Abderrahmane Taleb, Chergui, Mourad Didouche et Mohamed Tazirt dit Pacha. Didouche Mourad, avait, juste 20 Ans. Il était le plus jeune des membres. Hocine Ait-Ahmed, son aîné de presque deux ans,fut étonné et charmé par la jeunesse, la maturité politique et les qualités intellectuelles de Didouche Mourad. Ill’intégra à l’OS en lui confiant la mise sur pied une organisation mili-taire ultra-secrète25 : La fabrication des bombes en vue de la préparation de la lutte armée. En plus de sa mission secrète, il participa activement à la compagne des élections munici-pales. Le Garçon était intelligent, actif, dynamique et infatigable. Les qualités de Didouche en plusde son éloquence et sa grande faculté d’adaptation attirèrent, sur lui, les regards des responsables du MTLD,et fut désigné, comme renfort, à l’ouest du pays pour aider les candidats du parti à l’élection de l’assemblée Algérienne. Ses positions nationalistes, lors des rassemblements politiques, inquiétèrent l’administration coloniale et fut arrêté, pour entrave à l’ordre public.Il parvint, cependant,à s’enfuir du tribunal. Il fut frappé d’une con-damnation par coutumace à 10 ans de prison etpassa dans la clandestinité. Lors de sa clan-destinité, il se cacha avec Mohamed Marocdans différents endroits de l’Algérois et puis à Mitidja dans la ferme des frères Larbi et Mustapha Sahraoui. Mohamed Maroc, un jeune, très intelligent, ingénieur en électronique et rompu aux finesses de la politique.Il était poursuivi, lui aussi, par la police. Ilnaquit, entre Didouche Mourad et Maroc, une sincère amitié et une grande complicité intellectuelle. Maroc fut présenté à Hocine Ait-Ahmed, par Didouche. Hocine Ait Ahmed, cherchait, à l’époque, quelqu’un pour diriger la section élec-tronique et électrique de l’OS. Maroc arriva à se procurer des émetteurs/récepteurs de courtes distances et les mit au service de L’OS. On lui confia, alors,la responsabilité électro-nique et électrique dans l’OS. Maroc facilita, un temps, la communication dans l’OS. Il fut d’une grande utilité pour Didouche Mourad, Malheureusement, les chemins des deux amis se croisèrent ; Maroc, continua à soutenir Méssali El Hadj et finira responsable du MNA et Didouche au FLN/ALN responsable de la zone 2.
Dès la dissolution du bureau politique des jeunes du PPA, dont Mourad Didouche était le principal animateur.Tous les militants,du bureau politique des jeunes, furent versés dans L’OS. Mourad Didouche s’activa à former dix brigades clandestines dans différents quartiers populaires d’Alger : Belcourt, Ruisseau, La Redoute, Clos Salembier, Alger centre, Casbah, Bab El Oued, Saint Eugène, El Biar et Bouzaréa. Ces brigades servirent, comme une au-baine, le 1er novembre 1954, d’ossature des groupes de commandos qui déclenchèrent l’insurrection à Alger, la Zone 4, sous la direction de Rabah Bitat.
En 1952, la recherche active de la police et la crainte de se faire dénoncer par les indicateurs créèrent une grande difficulté de circulationpour Didouche. De peur de se faire arrêter, comme pour tant d’autres militants, dans un contexte devenu dangereux et incertain, ses mouvements limités, il demeura caché toutes ses journées.La pression était telle, qu’on décida de l’envoyer à Paris pour assurer le poste adjoint de la fédération de France, auprès de Boudiaf.

Culture
Gibert Meynier, personnage d’inspiration marxisante et contre le colonialisme. En 1957, il milita contre la guerre coloniale. Après l’indépendance de l’Algérie, il était moniteur d’alphabétisation puis coopérant à l’université de Constantine pendant trois ans. Il fit une description, de Didouche Mourad,dont le contenu empruntait à la platitude de la dialec-tique, connue et étoffée par lespréjugés des dogmesbinaires, du communisme.Soit on est communiste et on doit posséder, forcement, une forte culture soit on ne l’est pas, et à ce moment, on est de faible culture. Voici, l’image qu’il donna de Didouche Mou-rad :« Didouche a probablement lui aussi une culture bien faible. Il n’est sûrement pas bien musulman, étant donné ses antécédents dans la « vie civile », avant l’entrée dans le parti. Mais il fait mine d’être attaché à des valeurs réputées musulmanes et il se fait fort de les défendre. Il apporte surtout au parti la flamme de l’activiste décidé à en découdre. Bon « allumeur de mèche », il reste le petit « jeune », l’écolier raté dont le premier, et le seul, métier fut celui de fonctionnaire du parti. D’un strict point de vue de statut, le parti ne lui fournit pas un sur-classement. Mais par la caution politico-morale, le parti fut important pour rehausser un statut en danger26 ».
Gibert Meynier, décrivit Didouche Mourad comme une révélation du parti, en partant, cer-tainement des récits des personnes qui avaient entendu dire, dix ans après sa mort et sans justifier ses sources : « La figure sympathique du futur chef historique, Mourad Didouche fut au départ celle d’un adolescent fort ami des plaisirs, fréquentant les européens et se mêlant à eux pour de chaudes (Anisettes) et joyeuses soirées. Le parti le révéla. Il lui donna un statut et le sauvant de ses mauvais penchants. « Nous l’avons trouvé dans le ruisseau », avait coutume de dire de lui, en plaisantant, son ami Ahmed Mehsas. Le PPA-MTLD fit régner avec succès son ordre moral dans les quartiers mal famés. Il offrit la salvation à nombre de mauvais garçons et de souteneurs. Il soumit la Casbah à l’action du groupe de choc antialcoolique (Une sorte de police des mœurs) conduit par Rabah Zaaf27 » Mais il conclut, enfin, par une analyse qui nous semble plausible :« Mourad Didouche n’avait aucun point commun avec les messalistes et les centralistes sauf, peut-être, le profil du fonctionnaire type du parti ». Gibert Meynier, reprochait-il à Didouche d’avoir été un grand révolutionnaire, mais pas communiste ? C’est, du moins, ce qu’on pouvait lire entre les lignes.
En effet, Didouche Mourad, n’avait pas une vision intellectuelle basée sur la foi, ni sur les concepts religieux. C’était, d’ailleurs, ce qui l’éloigna de la doctrine des Messalistes qui ba-sèrent leurs luttes politiques autour d’un caractère strictement religieux. Comme nous le rapporte, Gibert Meynier, encore lui : « Des responsables Français étaient vus, par les Més-salistes, plus ou moins comme des munâfiqun (hypocrites, douteurs), voire comme des munkirûn (négateurs de Dieu)28.
Pour Didouche Mourad et plus tard Albane Ramdane ; Il faut éviter de donner à la lutte tout caractère social ou religieux. Elle doit être une lutte de libération véritable. Pour eux, la ré-volution algérienne, une fois, l’indépendance acquise, devrait apporter au peuple non seu-lement la liberté mais la « Démocratie économique » qui, seule, pouvait donner à l’homme algérien, avec la liberté, le sens de la dignité perdue. La justice sociale avait, à leurs yeux, un contenu précis et révolutionnaire ; la société algérienne devait être transformée. Sans nier la respectabilité de la diversité, des valeurs traditionnelles locales, ancestrales et musul-mane. Le rêve, que le peuple fasse irruption dans la vie moderne. C’étaient des concepts d’un projet pour la préparation d’une solide charte politique du FLN.
Lorsqu’on désigna Didouche Mourad, sur proposition conjointe de Hocine Ait-Ahmed etDji-lali Reguimi, responsable OS du centre d’Alger, d’abattre un criminel notoire ; Touleb Lounes alias Agribissi29. Un assassin quinquagénaire aux gages d’un Bachagha en Kabylie. Certes, Didouche Mourad avait toutes les qualités requises : courage, sang-froid et une vo-lonté inébranlable. Le tueur parfait, d’après les critères de ses responsables, cités ci-dessus. Didouche Mourad, se prêta, en effet, à deux reprises au jeu, d’assassinat. Mais, une fois face à face avec la victime, qu’il tenait au bout de son arme, il renonça. Sa conscience intel-lectuelle et ses valeurs révolutionnaires lui interdirent de passer à un acte criminel facile. Didouche se faisait une grande idée de son statut, de combattant révolutionnaire et non un tueur de la croisée des chemins.On interpréta, son renoncement à un manque d’expérience d’acte terroriste. Sur quoi, Didouche Mourad, retorqua, sans sourciller, devant ses respon-sables que sa mission était un acte criminel et non un acte de résistance. Un révolutionnaire se devait de résister par tous les moyens contre un système politique, en occurrence, le système colonialen l’Algérie et non nettoyer l’Algérie des voyous. On trouvera, les assassins de droit communs partout, et dans tous les pays du monde. Ce n’est pas pour ça, qu’on engage, chaque jour, une révolution contre eux. Didouche, âgé de 21 ans venait de faire preuve, d’une qualité de réflexion exceptionnelle et d’un niveau très poussé.Il faisait bien la différence entre un acte terroriste et un acte de résistance révolutionnaire. On mesura, dé-sormais, la maturité du « petit », qui avait fait du chemin et qui avait, déjà, atteint son dé-veloppement intellectuel complet.On l’appela, depuis, par son nom et non par son sobri-quet, le « Petit » ou « Le gosse ». Didouche Mourad, révéla une ambition, sans conteste de futur leader de la révolution et on le comprit comme tel. Mais, il faut rendre hommage à l’honnêteté intellectuelle de Hocine Ait-Ahmed qui calma les ardeurs des partisans de la violence à tout-va. En prenant la position suivante30 : « Personne, et moi le premier, ne le lui reprochera. Qui sait comment nous aurions réagi à sa place, au moment de tuer de sang-froid un homme, même si cet homme est un Tueur ».


Les principes philosophiques et Politiques
« Algérie Algérienne », était un concept cher à Ferhat Abbas, repris par Didouche Mourad. Ils voulaient signifier que la révolution algérienne devrait impérativement se cadrer sur les sources de la réalité algérienne, par-là, ils voulaient s’opposer à ceux qui prêchaient la révo-lution au nom du monde arabo-musulmans. Les partisans de l’arabisme,qui voulaient occul-ter le caractère, de la lutte, aux seules spécificités algériennes, se montrèrent farouchement hostiles et défendirent avec violence l’absence des références à la lutte au nom, de la nation arabo-musulmane, de l’islam et du monde arabe. Messali El-Hadj était le chantre, incontesté et bien connu, de cette idiologie. Ben Bella, bien qu’il joua sur les deux tableaux, à visage masqué, il se distingua par son adhésion à la ligne des Messalistes en dénonçant, par ses critiques acerbes lesfaiblesses des références à notion d’arabo-musulmane dans la proclamation de l’insurrection de novembre, et en forçant le trait de ses critiques, par la suite,sur la formulation définitive du rapport du congrès de la Soummam ; le jugeant pas trop centré sur l’arabité. Ben Bella, s’était révélé, comme le maillon faible des neufs chefs historiques. Il compensait son manque de culture et d’éducation31 par la roublardise afin de se montrer dynamique et un, soi-disant, sens de l’organisation armée. Il avait une ambition démesurée, mais il était démuni des capacités intellectuelles nécessaires pour combler cette dernière. Sa soif du pouvoir, il allait l’assouvir, quel qu’en soit le prix, aux risques de voir le pays se diriger vers un avenir incertain.
Didouche Mourad avait coutume de dire aux chefs historiques, notamment, Ben M’Hidi, Ben Boulaid et en particulier à son bras droit, Zighoud Youcef, un homme très pieux : « L’islam est un ciment, pas un objectif de la révolution ». La révolution ne se limitait pas, uniquement, à l’islam, qui est, certes, un pilier de la personnalité algérienne, mais la révolu-tion devrait apporter encore plus, en occurrence, la liberté, la fraternité, la modernité, le changement de mentalité, l’ouverture sur l’extérieur,la construction d’une Algérie forte dans laquelle tout le peuple vivra dans la dignité, la fierté et l’amour du pays.
« Ne pas toucher au peuple » Principe fondamentale édicté par Didouche Mourad. Dans toute révolution l’adhésion de la population est un facteur majeur de la réussite. Ne pas toucher aux civils faisait partie des axiomes évidents, principe qui rapproche le plus possible à une révolution pure et propre. Il ne fallait pas, non plus, sombrer dans une naïveté béate, car toute révolution avait son lot d’erreurs et ses innocents victimes d’injustice.
Didouche Mourad se montrait, en effet,parfois comme un jeune exalté. Un révolutionnaire convaincu qui s’adressait à la fibre patriotique en prêchant les devoirs et les sacrifices de la cause pour retourner des situations incertaines en sa faveur. Il finissait souvent, ses discus-sions par l’affirmation suivante : Un homme se pose des questions sur son passé et son fu-tur, mais souvent il n’a pas de réponse. Mais pourtant un homme ne peut rompre avec son passé, sinon il perd les repères de là où il est venu. Tout un programme philosophique, poli-tique et culturel.

Création du C.U.R.A (Comité Révolutionnaire pour l’Unité et l’Action)
« Seule une grande rigueur morale révolutionnaire, disait Didouche, le gosse32, nous sou-tiendra jusqu’au bout de la lutte ».« L’action politique seule n’est pas suffisante. Il n’y aura pas d’autre voie que la lutte clandestine et armée ».Ajouta Didouche. « La grande colonisation a donné trop de preuves pour maintenir, à jamais, le statu quo du système colonial actuel. Encouragée par la scission et les luttes stériles internes du MTLD ; entre Messalistes et centralistes. Nous devrons prendre une décision, historiquementresponsable,pour créer un nouveau mouvement qui n’ait qu’un seul but : l’indépendance, unseul modèle organisationnel : le processus révolutionnaire d’embrigadement des masses et, enfin,une seule façon d’y parvenir : L’action armée »conclut, enfin Didouche.Ainsi se déroulaient, ces derniers temps, defréquentes discussions entre Mohamed Boudiaf responsable de la puissante fédération de France et son fidèle adjoint, Didouche Mourad. Didouche avait besoin de développer ses idées, de les éclaircir face à un Mohamed Boudiaf, médusé au début, séduit par la suite et écoutant avec intérêt son audacieux Adjoint. Didouche avait gagné la confiance de Mohamed Boudiaf. Ils étaient, désormais, unis comme les doigts de la main33. Ceci, n’avait pas échappé à Didouche, et il comprit, très vite, que c’était le moment idoine, de mettre le paquet et de ranger définitivement, son ami Boudiaf, à ses côtés, pour utiliser sa popularité auprès des adhérents de l’OS et avoir son appui afin de mettre en œuvre, la troisième voie et préparer le déclenchement de l’insurrection.L’insurrection était devenue, une idée fixe, qui trottait en permanence dans la tête de Mourad Didouche. Ces débats se passaient, souvent, sur la tranquille terrasse du café Royal d’Odéon entre le 6eme et le 5eme arrondissement de Paris. Non loin, du jardin duLuxembourg, le boulevard de Saint-Michel et le boulevard de Saint Germain. Mahsas Ahmed alias Ali, évadé de prison en 1952, étudiant à paris, nationaliste, partisan et ami de Ben Bella participa aux débats. Il découvrit, Didouche Mourad, fasciné par sa jeunesse, son intelligence, sa rigueur, son dévouement, la justesse de ses propos étoffée par des analyses évidentes, et enfin, son charisme. Ils devinrent de grands amis.
Aucun des chefs historiques34 n’a connu la situation de travailleur immigré. Les seuls brefs séjours en France que Boudiaf et Didouche ont pu faire, ce fut comme fonctionnaire du parti.
Boudiaf et Didouche impressionné par l’issue de la guerre d’Indochine et lassés par les divi-sions qui paralysaient le MTLD. Ils décidèrent, de se retrouver une dernière fois avec Ahmed Mahsas, au café du Royal Odéon, pour faire un point récapitulatif de leurs longues dis-cussions, avant de prendre l’avion le soir, même, pour Alger. Mahsas, arriva devant le petit café. Il était un peu inquiet car les choses allaient vites. Il se joignit à ses deux amis attablés discrètementsur la terrasse. Ils passèrent en revue les points importants décidés lors de leurs précédentes discussions et approuvèrent et conclurent, leur réunion,par la résolu-tion suivante: L’Algérie, avait besoin, plus que jamais, d’une troisième force bien décidée à l’action pour réveiller les Algériens amorphes.
Après avoir organisé des contacts et des réunions, au quartier Latin, à la Goutte d’or, à porte de la chapelle, dans le XV arrondissement et à Aubervilliers, là où les militants du parti PPA/MTLD, se rencontraient, Didouche et Boudiaf, comprirent la force et l’impact financier de la fédération de France,composée, rien qu’à Paris, d’une communauté de60000 tra-vailleurs algériens sympathisants aux thèses Messalistes. Ils chargèrent, Ahmed Mahsas alias Ali, de resterà Paris pour apporter les explications aux militants afin de renverser la tendance vers les thèses du nouveau mouvement.
Didouche et Boudiaf, Sans tenir personne au courant de leur projet, décidèrent de donner, au nouveau Mouvement, le nom de C.R.U.A (Comité Révolutionnaire pour l’unité et l’Action) et rentrèrent, tranquillement, à Alger en février 1954. Ce fut, notamment, sur eux deux que reposa35, la grande responsabilité, de la préparation de l’insurrection du 1er no-vembre 1954. Ils Commencèrent les contacts et les recrutements parmiles anciens, hommes sûrs et aguerris, de l’OS. Tous traqués par la police. Didouche ramena Ben M’Hidi et Rabah Bitat et Boudiaf, Mustapha ben Boulaid. Zoubir Bouhadjadj, avait ainsi appris, par Didouche, qu’avec Boudiaf, Ben M’Hidiet Ben Boulaid étaient en train de former une troi-sième force et de recruter des hommes sûrs, dont lui Zoubir était l’un des premiers. Zoubir Bouhadjadj un fidèle de Didouche occupera une place vitale dans le recrutement des an-ciens de l’OS. « Attention ! avait dit Didouche, uniquement des hommes sûrs ». Les cinq hommes, chacun de son côté, s’employèrent à convaincre leurs hommes à adhérer au CRUA. L’idée directrice, De Didouche et Boudiaf, était de siphonner le MTLD de ses mili-tants. Si la direction du CRUA était collégiale, Didouche Mourad et Boudiaf, en étaient les créateurs. Boudiaf l’âme Didouche l’aiguillon36
Mourad Didouche et la Kabylie
Sur sa seule initiative, Didouche Mourad, demanda à Zoubir Bouhadjadj d’organiser une réunion de premier contact entre Krim belkacem et son adjoint Ouamrane dit le « ser-gent ». Elle se déroula dans une villa à Hydra. Didouche entraîné par son désir de garder pour ceux qu’il considérait comme les fondateurs du CRUA l’initiative complète des opéra-tions. Lors de cette réunion, il bluffa Krim et son adjoint, en leur faisant croire, en dressant un tableau exagéré des forces en termes d’armes et de moyens, du nouveau mouvement. Le maquis de la Kabylien’avait que des hommes mais sans armes.Il leur faisait, explicite-ment, comprendre que les troupes Kabyles ne valaient rien sans le soutien du CRUA.Krim venait, enfin, de connaître Didiouche, de qui on lui avait fait tant d’éloges. Il sortit, néan-moins, abasourdi de cette réunion.Sur le moment, il attribua l’ardeur du mépris de la Kaby-lie, exprimé par Didouche aux sentiments de l’éternel conflit « arabo-kabyle ». Didouche Mourad était au-dessus des considérations ethniques. Son but était politique. Il souhaitait, d’une part,faire de l’Algérois et la Kabylie, chère à son cœur, une seule zone et prendre sa direction, en prenant Krim comme adjoint. Et d’autre part, Il Soupçonnait Krim d’être en-core fidèlement lié à Messali El-Hadj, donc pas sûr, à ses yeux pour diriger la Kabylie.
Il faut admettre, que politiquement Didouche n’avait pas tort et que Krim avait raison de défendre l’expérience de sept ans de maquis de ses hommes. Cependant, sans jeter la pierre à Krim, il restait au moment des faits, un fidèle adorateur de Messali El Hadj. Cet incident avait créé un malaise pour les autres dirigeants, en occurrence, Ben Boulaid et Ben M’Hidi. Boudiaf resta silencieux car il partageait, en secret, les positions et les vœux de Didouche de diriger la Kabylie. Didouche voulait des hommes sûrs, dévoués uniquement aux engagements du CRUA et détachés des autres organisations.
Finalement, les cinq dirigeants se décidèrent de se partager les rôles et les zones : Ben M’Hidi s’occupa, donc, de la zone 4 la région d’Oran, Ben Boulaid la zonz 1, la région des Aurès, Bitat la zone 2 la région du constantinois et la petite Kabylie (Nord Constantinois) et enfin, Didouche la zone 3 L’algérois et la Kabylie (La grande Kabylie). Boudiaf prendra le rôle de coordinateur entre les zones et les relations extérieures.
Avec l’assentiment de la direction collégiale,Ben Boulaid prendra contact avec Krim et Ouamrane et organisa une rencontre dans un petit café isolé d’Alger. Krim et Ben Boulaid firent connaissance. Ben Boulaid leur fit une bonne impression et sa réputation dans l’Aures n’était plus à faire. Les trois hommes se séparèrent, finalement, en parfait accord, sans évoquer, à aucun moment, l’incident provoquée par Didouche Mourad. Krim accepta de rejoindre le CRUA avec une conviction profonde et l’engagement de la totalité de ses troupes au service de la cause d’une action directe pour l’indépendance du pays. Mais comme un renard, son intuition, de l’homme rompu à la guérilla et au maquis, ne le trompa pas. Car Ben Boulaid, n’avait pas apporté toute les réponses aux questions de Krim Belka-cem. Ben Boulaid, rassura comme il pouvait, Krim et Ouamrane que toutes les questions seront élucidées lors de la prochaine réunion de la direction collégiale, à laquelle ils étaient, d’ailleurs, invités. Mais, les rusés de la montagne découvrirent d’une manière implicite, à travers les pourparlers avec Ben Boulaid, le profil apparent du puissant rôle de tête pensan-tede Didouche et Boudiafdans cette troisième voie. En somme, les patronsdu CRUA. Vu, l’échec du premier contact, avec Didouche. Ils restèrent vigilants. Ceci n’avait pas empê-ché,plus tard, à Krim et Ouamrane de tracer un tableau flatteur et élogieux des qualités de Didouche à Albane Ramdane. Et arrivèrent à tisser, mutuellement,une grande estime et un énorme respect les uns envers les autres.
Une réunion fut organisée au mois de juin 1954, dans une cordonnerie d’Alger à la Casbah, cette fois-ci Krim et Ouamrane faisaient partie des participants. Après que chacun ait pris la parole pour donner son point de vue sur le contexte politique, Ils conclurent de ne plus compter sur la participation des messalistes et les centralistes, et il fallait désormais compter que sur eux même. Quand, Ils passèrent au partage de l’Algérie en zone. Boudiaf et Ben Boulaid, expliquèrent qu’ils étaient plutôt favorables, à la solution au demeurant logique, d’un partage en zones régionales : La zone du nord Constantinois, zone de l’aurès, zone de l’Oranais et la zone de l’Algérois. Krim et Ouamrane se regardèrent. Krim étonné de l’oubli de la zone Kabylie interpella Boudiaf. Ce dernier, mal à l’aise, expliquaavec une petite voix manquant d’assurance, sans convaincre les autres participants en dehors de Didouche, que la Grande Kabylie, toute proche de l’Algérois revenait à cette zone et que Didouche, qui semblait, tout désigné pour contrôler l’Algérois, pourrait, avec l’aide de Krim et Ouamrane se charger de la Kabylie. Rabah Bitat connaissait son constantinois comme sa poche, Ben Boulaid était le maître, incontesté, de l’Aurès et Ben M’Hidi, bien que constantinois, con-naissait très bien l’Oranais et bénéficiait d’une grande influence dans la région. Quant à lui, continua Boudiaf, Il assurait la liaison et la coordination nécessaires avec les régions et l’extérieur. Krim, pensa que Didouche, n’avait pas Bluffé lors de leur première rencontre, maisfinalement cette répartition avait été, au préalable, décidée conjointement par Di-douche et Boudiaf. Enfin, pour faire court. Krim et Ouamrane justifièrent les forces de la Kabylie, ses hommes, son expérience du maquis, son organisation et ses armes. La Kabylie devait être une zone à part entière. « La Kabylie est suffisamment organisée, ajouta Oua-mrane, pour former une région à elle toute seule.Notre frère Didouche aura bien assez à faire pour organiser l’Algérois ». Les réticences, des maquisards endurcis étaient claires et nettes. Les Kabyles, faisaient comprendre à l’assistance qu’ils étaient déterminés à apporter une grande force à l’action directe, mais ils opposèrent un refus catégorique d’entrer au CRUA, par la petite porte, en parents pauvres. La discussion, tourna en bras de fer entre Didouche et ses deux compatriotes de la Kabylie. Didouche décidé à diriger la région de ses parents, qui méritait d’être contrôlée par un homme sûr, sans tergiverser. Le manque de crédibilité de Krim et Ouamrane, dans les explications de Didouche, se situait à leur atta-chementencore à Messali El-Hadj. Le plaidoyer de Didouche, bien qu’approuvé par Boudiaf, n’avait pas convaincu les autres et notamment, Ben Boulaid, qui plaida pour faire confiance à la foi guerrière de Krim et ses hommes. La position de Didouche fut interprétée comme étant sentimentale. Il y avait, en effet, une part de vérité pour des considérations sentimen-tales àla région de la Kabylie, mais pas que ; les problèmes fondamentaux se situaient au niveau politique. Malgré tout on parvint à un accord avant de se séparer. La Kabylie devint une zoneentière ; Krim et Ouamrane les chefs. Ils levèrent la séance
Quelques jours après, pour démontrer à ses cinq compagnons, la sincérité de leur engage-ment et la puissance de l’organisation de leur zone, Krim et Ouamrane convoquèrent tous les responsables de daïra (responsables des groupes dans la future organisation du CURA), dans un hôtel à Alger et invitèrent Boudiaf à venir les saluer. Les sept hommes de main de Krim, en occurrence, Mohamed Amirouche contrôlant la région de Dra-El-Mizan, Zamoun Ali, chef de la région de Tizi-Ouzou, Babouche Said chef de la région de Fort-National-Michelet, Mellah Ali dit si chérif le colonel chef de la région Tigzirt, Zamoun Mohamed dit si Salah, chef de la région de la basse Kabylie, Yazourenne Mohamed dit si Said chef de la ré-gion d’Azazga et enfin Gémraoui chef de la région de Bouira. On découvrit que la zone de la Kabylie était aussi puissante que celle de l’Aurès. On considéra que Krim avait fait preuve de sa bonne foi en dévoilant l’identités de ses hommes de main et les infrastructures de son organisation. Krim Belkacem devint le sixième chef, incontesté, des chefs historiques. Le découpage définitif fut adopté à l’unanimité avec Krim comme chef de zone de la Kabylie. Didouche Mourad, annonça à ses compagnons qu’il permuta avec Rabah Bitat et devint responsable du Nord Constantinois. Boudiaf occupa le poste de responsable des contacts avec l’extérieur en abandonnant la responsabilité de coordination des zones. Il fut décidé, le statut indépendant de chaque zone. Chaque zone était livrée au bon vouloir de la politique appliquée par son chef. Mais il restait une zone du sud non attribuée. Il fut décidé de remettre la nomination de son chef à une date ultérieure. Et, enfin, pour préserver le secret total des mesures à mettre en œuvre, il a été décidé, que désormais, seuls les responsables de zones et Boudiaf participèrent aux réunions de suivi. Chaque responsable de zone devait rejoindre sa région pour recruter et constituer ses équipes afin de préparer le début de l’insurrection dont la date n’avait pas encore été décidée. Didouche Mourad se trouva con-fronté à une difficulté de recrutement, peu d’hommes, anciens d’OS reprochaient les mé-thodes non démocratiques imposées par Boudiaf et Didouche. Didouche n’avait pas prévu, la mauvaise presse que faisait Lehouel, responsable des centralises, auprès des militants de l’OS à Constantine. En outre, de l’organisation de sa zoneet la préparation de ses équipes, Didouche se démena en accompagnant Boudiaf en suisse pour tenter d’obtenir des aides et rencontrer le trio du Caire pour des aides financières. Ils recevaient, certes des encourage-ments et des belles paroles de la part de la jeune république d’Egypte mais pas d’argent.Ben Bella, expliqua en détail à Boudiaf et Didouche en Suisse, qu’il fallait plus compter sur une quelconque aide de l’Egypte. La situation financière du CURA devint très critique, ses membres démunis et obligés de mener une vie clandestine, faisait planait le risque de découragement des militants fraichement recrutés. Didouche, issu d’une famille aisée, faisait ce qu’il pouvait pour venir en aide aux troupes et aux chefs de zone Bitat et Ben M’Hidi.

Réunion des vingt-deux responsables des régions du pays
Le 25 juillet 1954, Didouche décida, de son propre chef, d’organiser une réunion, avec l’aide logistique, de Zoubir Bouhadjadj.Devenue depuis célèbre dans la mémoire des Algériens : La rencontre des 22 militants de l’OS. Dans une villa du Clos-Salembiersituée aux environs d’Alger. Didouche était conscient du danger qui faisait courir aux dix-sept chefs de groupes recrutés, par chacun des chefs de zones, dans toutes les régions du pays, et dont la plupart étaient recherchés et traqués par la police. D’autant que les indicateurs, messalistes et centralistes, occupaient toutes les places d’Ager. Lucidede l’impact dévastateur sur le futur de la révolution, d’une descente de la police, Zoubir Bouhadjadj, se démena en veillant de s’armer d’une vigilance particulière, pour assurer une sécurité maximum à la rencontre. Didouche pressé par l’urgence de l’action et le risque de voir les militants sombrer dans le découragement par le manque de moyens et d’actions. Il osa défier le destin. Les objectifs de cette réunion étaient multiples : Que les hommes représentant toutes les régions d’Algérie faisaient connaissances etqu’ils faisaient, chacun le point sur sa région, ne pouvait être que bénéfique pour le moral des troupes. Leur apprendre l’engagement des Kabyles aux côtés du CURA et essayer de les galvaniser autour de ce ralliement. Et enfin, les cinq historiques, présents, en dehors de Ben Boulaid car ses hommes n’étaient pas présents non plus,devaient être élus dans les fonctions qu’ils s’étaient attribuées. Didouche évita délibérément de faire participer les Kabyles, d’une part les hommes de Krim étaient tous derrière lui et donc le problème de sa légitimité ne se posait pas, autant que celle de Ben Boulaid par ses hommes, d’autre part il serait plus facile de convaincre les membres du CRUA présents de la décision des Kabyles. D’autant que dans l’esprit de chacun, les Kabyles restaient encore très attachés à Méssali. Cette suspicion n’était pas le fait du prince ;Didouche.Elle était partagée par la plupart des anciens militants de l’OS. Les chefs des régions du nord constantinois, accompagnant Didouche, étaient au nombre de 8 : Benaouda, ben Toubbal représentant la région de la Kabylie Orientale El-Milia, Collo et Mila, Zighoud Youcef la région Condé Smendou, Badji la région de Souk-Ahras et quatre hommes de Constantine, Méchatti région de Constantine, Habachi, Said et Rachid. Certains des membres se connaissaient depuis l’époque de l’OS, et se retrouvèrent après s’être perdus de vue. L’ambiance était cordiale et chaleureuse qu’Ils poussèrent la plaisanterie, devant Didouche, jusqu’à se comparer à des anciens combattants. Didouche leur répliqua avec une lucidité étonnante, sans perdre son sourire, pour ne pas casser l’ambiance, mais avec une vérité crue et sans leur laisser l’espoir de fonder des illusions de facilité : « On devrait direde futurs combattants » corrigea - t- il. « Car ça ne fait que commencer. Et l’O.S. n’était rien à côté de ce qu’il va falloir mettre au point37 » Puis, Didouche saisit l’opportunité de rappeler les difficultés de la tâche qui les attendait. Il se leva et avec une voix, sourde et enflammée, qui résonnait encore aux oreillesdes survivants qui avaient échappé à la mort lors de la guerre de libération, tel que Zoubir Bouhadjadj, et se lança dans un discours, qui resta dans les annales de l’histoire, pour faire comprendre aux représentants des régions, et devant les chefs historiques qui buvaient ses paroles : « Nous devons être prêts à tout sacrifier, y compris et surtout notre vie. Nous n’avons que très peu de chances, de nous en sortir, de voir la révolution aboutir. Mais d’autres nous relaieront, nous remplaceront. Il faut que nous en donnions le départ, que l’on sache que notre pays n’est plus amorphe, qu’il bouge. Les premières actions ne seront pas grand-chose. Il ne faut pas se faire des illusions, nous démarrons avec très peu de moyens, mais elles doivent avoir une grande importance psychologique. Il faut que les Français se disent ; ils ont osé ! c’est cela l’important. Il faut allumer la mèche. Pour cela, il ne faut pas beaucoup d’armes, ni de moyens. Il faut que nous le voulions38. Et conclua sa prise de parole avec une image émouvante qui voulait dire, clairement dans l’esprits des combattants ; Qu’ils allaient à la révolution avec les mains nues : « Si tu as deux cartouches dans ton fusil. C’est suffisant. C’est à toi de prendre l’arme de ton ennemi ».
Mais, arrêtons-nous un moment sur le cas des représentants de Constantine et faisant par-tie de l’équipe de Didouche. Méchatti et son équipe s’étaient retirés, finalement à la der-nière minute, quelques jours, avant le jour de l’insurrection du 1er novembre 1954. Lahouel le responsable des centralistes, cherchait à débaucher du CRUA, les éléments de l’ex OS, peu sûrs et influençables. Il trouva une oreille attentive en la personne de Mechatti et celle de Habachi. Il leur tenait un langage attentiste et préconisait la solution politique avec un succès certain : «Mener le peuple à l’abattoir », de vouloir déclencher une révolution, alors, « que rien n’était prêt », qu’il manquait des armes, des moyens financiers et surtout une aide extérieure importante. Mechatti et Habachi, se désistèrent, en soutenant, « que nous n’avons aucune chance, on a même pas la population avec nous ». Didouche n’avait plus aucune des nouvelles de ces hommes de confiance. Il n’avait pas réussi de les joindre. Leur abandon laissa la région de Constantine silencieuse, sans aucune action d’attaque ni de sa-botage le 1er novembre 1954.
Les militants et les quatre chefs présents, reconnaissaient le caractère stratège en politique et en organisation de Didouche et le félicitèrent de la bonne préparation de sa conférence et la réussite de la réunion.

Préparation du déclenchement de la révolution

C’était Didouche, encore, l’infatigable organisateur qui avait mis sur pied la réunion du 10 octobre 1954. L’ordre du jour établi était chargé et devait être soumis, aux chefs histo-riques, pourse prononcer sur deux importantes résolutions : lechangementdu nom du mouvement initial ; le C.R.U.A etfixer la date du déclenchement de la révolution. Cette réu-nion, comme d’habitude, avait été préparée avec toutes les précautions de sécurité. Dans une petite maison de la Casbah, dont d’ailleurs, personne ne se souvint de son emplace-ment exact.Les six s’installèrent sur des matelas par terre.Après, une courte discussion, où chacun des six historiques était venu avec ses propres suggestions pour le nouveau nom du mouvement. Le débat était cordial et sans animosité. On s’arrêta, dans un premier temps,au nom de« Mouvement de libération », Krim Belkacem opta pour l’appellation ; « Front de l’Indépendance Nationale » pour finalement se mettre tous d’accord autour de la proposition, commune de Boudiaf, Didouche et Ben Boulaid, avec le nom de « Front de libération Nationale ».Les six, venaient d’envoyer aux archives de l’histoire du nom du C.U.R.A, qui avait fait son temps. Ben Boulaid n’avait pas eu beaucoup de mal à convaincre ses compagnons pour créer un mouvement militaire parallèle au Front et lui attribuer un nom. Didouche, devenu le pilier de la préparation de la révolution, annonça avec sérénité, sans sa fougue habituelle : « Nous devons présenter un mouvement pur, qui naisse avec la révolution et qui grandisse avec elle » Boudiaf et Didouche avaient, déjà, engagé des dis-cussions, au préalable, avec les trois nouveaux chefs de l’extérieur, au Caire, de cette né-cessité. Et ils suggérèrent le nom d’ALN (Armée de libération Nationale). Le Conseil de la révolution fut élargi à Ben Bella, Hocine Ait-Ahmed et Khidder. La matinée, s’était terminée par un couscous où tout avait été préparé, par avance et que les six devaient se servir eux-mêmes. La reprise des travaux s’était concentrée sur les suggestions de chacun, Boudiaf nota les points qui devaient, de l’avis de tous, figurer dans la proclamation. Après plus d’une heure de discussion au cours de laquelle Boudiaf et Didouche, vérifièrent que toutes les positions de toutes les tendances aient été notées. Ils énumérèrent, une dernière fois, la liste des points retenus, devant l’assemblée des chefs conciliants. Didouche et Boudiaf furent chargés de mettre en forme les termes de la proclamation et de la rédiger. Les deux hommes auraient cinq jours devant eux pour ce travail. Ils devraient également rédiger une autre plus courte, touchant plus facilement le peuple en l’invitant à l’action directe. Cette proclamation serait plus largement diffusée et porterait l’en-tête de l’ALN. Puis on passa, à la date du déclenchement de la révolution. On proposa la date du 15 octobre 1954. Cer-tains trouvèrent la date très proche et ne laisserait plus beaucoup de temps pour s’organiser. Boudiaf proposa, alors, la date du 25 octobre. Sans laisser le temps aux autres de commenter la date suggérée par Boudiaf, Didouche, se leva et apporta ses commen-taires sur la date du 25 et proposa, en même temps, la date qui lui semblait adéquate : « Le 25 octobre, disait-il, cela ne frappe pas l’imagination.Si tout va bien, la date que nous fixons sera une date historique. Nous devons penser à l’exploitation psychologique. Je propose le 1er novembre. Ça marque. C’est le début du mois. On prend date ! » Mais on lui fit remar-quer que c’était la fête des morts. Didouche répliqua sans sourciller : « la fête des morts c’est le 2 novembre. Le 1er novembre c’est la Toussaint pour les catholiques ». Et il enchai-na : « Ainsi le déclenchement se fera entre la nuit du 31 octobre et celle du 1er novembre ». La date du 1er novembre 1954 fut adoptée à l’unanimité et ne pouvait être divulguée, aux troupes, que vingt-quatre heures avant la date fatidique. Un silence intense occupa, un moment, l’espace du salon. Certains chefs envahis par l’émotion détournèrent le regard. Didouche Mourad laissa, chacunà son intimité profonde, vivre cet instant historique, pen-dant de longues secondes avant de proclamer la levée de la séance. Dans le secret d’une petite maison de la Casbah, isolée des curiosités des regards, six hommes dont un jeune de 26 ans comme animateur, venaient de sceller le destin du futur d’une Algérie libre et mo-derne. Que l’éternité, tant que les hommes vivront, retiendra le nom de Didouche Mourad, comme une flamme vivante, dans la mémoire des jeunes Algériens et se servir d’exemple pour pousser plus haut, encore, l’idéal de construire avec toute la richesse de sa diversité, une Algérie prospère, libre et fraternelle. L’Algérie, devrait s’estimer chanceuse d’avoir en-gendrer le glorieux Didouche Mourad en son sein.
Le dimanche 24 octobre 1954, très tôt, dans la matinée, pour des raisons de sécurité, Di-douche, organisa l’ultime réunion des six avant le jour « J » de l’insurrection. Dans une mai-son de Pointe-Pescade, appartenant à un ami et fidèle militant, de Didouche ; une connais-sance des années 1946. Les six s’installèrent et après, les beignets aux miels, du petit dé-jeuner, ils passèrent en revue les derniers préparatifs de chacun. Puis, Boudiaf et Didouche soumirent les proclamations du 1er novembre et de L’ALN à leurs compagnons. Ben M’Hidi, Ben Boulaid, Bitat et enfin Krim se déclarèrent satisfaits de la formulation des deux docu-ments et félicitèrent Boudiaf et Didouche. Ce fut à travers ces deux documents que le monde apprit l’insurrection du 1er novembre 1954. Annoncée par Ben Bella à la radio du Caire en Egypte.Didouche distribua à chacun des exemplaires pour une grande diffusion la nuit, même, de l’insurrection. La réunion terminée, Boudiaf se prépara pour prendre l’avion pour le Caire le lendemain matin, avec les deux textes écrits en citron entre les lignes d’une lettre anodine. Et Didouche, se prépara pour prendre le train Alger-Constantine pour mettre les derniers détails dans la préparation du jour de l’insurrection à partir de son fief de Mechatt, une contrée très boisée et difficile d’accès entre El-Milia et Collo.

L’insurrection du premier novembre 1954
Le mercredi 27 Octobre, Didouche Mourad décida de quitter Alger pour regagner son PC de la zone II du nord Constantinois. C’était une nuit sans étoiles,sur le chemin de la gare qu’il gagnait à pied, en compagnie de son ami Zoubir Bouhadjadj,Didouche Mourad n’arriva pas à dissimuler ses inquiétudes. Lui, qui était d’habitudetrès secret, exprima ses craintes, à son ami, de l’extrême difficulté de la tâche qui l’attendait au bout du voyage. Zoubir, acquiesça et releva, en effet, la lourde responsabilité qui pesait sur les épaules de Mourad, mais ras-sura Mourad en lui faisant remarquer, qu’il arriverait, sans aucun doute, à surmonter comme d’habitude les obstacles à venir. Malgré les encouragements, son ami, sentit Di-douche désemparé par la défection, de dernière minute, de ses groupes à Constantine. Une amère souffrance, constata Zoubir Bouhadjadj, qui se traduisait par une lueur mélancolique dans les yeux verts du jeune homme. Puis Didouche, reprit le dessus sur ses épanchements, se contrôla et chercha à se renseigner sur les nouveaux recrutements, dans la Casbah. Zou-bir lui loua, alors, les qualités d’un jeune recrus ; Yacef Saadi, qui connaissait les rouages et les secrets de la Casbah.Didouche lui répondit ; « C’est ce qu’il fallait » et continuèrent tranquillement leur chemin. Zoubir accompagna, son ami, jusqu’au quai du train. Ils s’embrassèrent et lui souhaita bonne chance, Mourad sourit sans répondre et monta prendre place. A travers, la fenêtre du wagon, quand le train commença à quitter la gare, avec le même sourire, il fit un dernier geste, de la main,en signe d’adieu, à son ami, jusqu’à la disparition du train dans lesprofondeurs de la nuit.Cette image resta vivante dans la mé-moire de Zoubir Bouhadjadj. Il était loin de se douter que deux mois et demi plus tard, son ami Didouche, l’homme, à ses yeux, qui avait organisé de bout en bout la révolution, tomba sous les armes des parachutistes du colonel Ducournau.
Dans le nord Constantinois, les petites escarmouches ici et là, sans importance, de la nuit de l’insurrection du 1er novembre, n’étaient pas satisfaisantes aux yeux de Didouche Mourad. Les attaques du poste de la gendarmerie de Skikda,celles des postes de police à Condé-Smendou et quelques coups de feu contre les sentinelles dans la ville du Khroub, étaient un échec complet. Les craintes du chef historique s’étaient révélées exactes. La défection des militants de Constantine noyautés et convaincus par Lahouel, était un coup dur pour la réussite des objectifs planifiés. Il n’en demeurait pas moins, que l’effet psychologique de la participation, même sans résultats palpables, avait atteint son but.C’était sa seule satisfac-tion.
Didouche infatigable, arriva, enfin,par son dynamisme à convaincre d’autres recrus et nommer d’autres chefs de groupes dans toutes les régions. On avait vu que la zone du nord constantinois était mal lotie faute de moyens : ni hommes ni armes. En janvier 1955, la si-tuation ne s’était guère améliorée. Didouche avait pourtant, remué terre et ciel,pour tenter d’organiser sa zone qu’il avait divisé en cinq régions et confiées à ses adjoints. Il nomma, son homme de confiance Zighoud Youcef, qui le secondait directement, comme chef de groupe de : Condé-Smendou, Constantine, El Harrouch, Skikda et Guelma. Il désignaBen Tobbal responsable de : Ziama, Jijel, Mila, El Milia et Collo jusqu’à Souk El Tennine. A Badji Mokhtar la responsabilité de Souk-Ahras jusqu’à la Calle et enfin à Benaouda, les régions de Bône jusqu’à Guelma. Didouche apprit avec tristesse, la mort, de Badji Mokhtar, tombé au champ d’honneur le 18 novembre 1954. Un de ses meilleurs élémentsqui avait géré avec excellence la région de Souk-Ahras. Il décida de se rendre dans cette ville, avec Zighoud Youcef et seize de ses hommes, pour nommer un autre responsable de région.

La mort en martyr de Didouche Mourad
Didouche Mourad, Zighoud Youcef et seizede leurs hommes, comme convenu, décidèrent de prendre la route pour Souk-Ahras en passant par la ville de Guelma. Par précaution, ils ne se déplacèrent que pendant la nuit. La région était encadrée par les troupes des para-chutistes de Ducournau installés à El Harrouch.Venus, des Aurès, pour éviter l’embrasement du Constantinois sur le modèledes Aurès. Didouche Mourad et ses hommes arrivèrent, le 18 janvier 1955,à trois heure du matinau douar Souadek dans les environs de Condé-Smendou. Zighoud, en plus d’être natif, de la région de Condé-Smendou était le res-ponsable. Didouche et ses hommes, avaient besoin de se reposer. Zighoud avait préparer, au préalable, la logistique de leur déplacement, il chargea deux Djounouds du groupe Con-dé-Smendou, pour préparer le refuge. Mais malgré les précautions de sécurité, les indica-teurs avaient décelé des mouvements suspects. Douze gendarmes intervenaient dès six heure trente du matin. Zighoud Youcef informé de la présence des gendarmes par ses hommes. Réveilla Didouche Mourad et lui décrit le topo de la situation. Le combat s’engagea. La région était couverte de maquis et de lauriers roses qui bordaient l’oued Bou-kerkar en crues après les dernières pluies. Alerté, Le colonel Ducournau, envoya ses 400 paras, des hommes aguerris aux combats. Le véritable combat commença à 8 heure du ma-tin. Les hommes de l’ALN, encerclés, nepouvaient résister longtemps, à la puissance d’un déluge de feu de toute part. Vite, deux blessés de l’ALN, en occurrence, Chougui Said avec la jambe gravement atteinte, et Ali Beloucif gravement touché à la tête, étaient hors d’état de nuire. Les djounouds, protégeaient par un petit maquis, faisaient ce qu’ils pouvaient, au milieu de la journée dixdjoundis étaient déjà tués. Zighoud Youcef et cinq de ses compa-gnons se réfugièrent dans l’Oued Boukarkar. Accrochés, patiemment, aux seules branches qui bordaient l’Oued et accoudés au bord pour éviter d’être emporté par les flots de l’eauen furie. Vers treize heure, Didouche ordonna au Djoundi ; Cheikh Boularas, caché comme lui derrière un buisson, de courir vers l’arrière pour se réfugier dans l’oued pendant qu’il continua à tirer pour couvrir sa fuite. Le djoundi s’exécuta, dès qu’ils se levèrent, un soldat embusqué, repéra leur position, et déchargea sur Didouche, qui continuait à tirer, une rafale à la mitraillette. Didouche fut tué sur le coup. Après la mort de Didouche, aucun coup de feu ne fut tiré. Les Djounouds qui avaient observé la scène, alertèrent Zighoud youcef de la mort de Si Abdelkader. Il profita de sortir de sa cache, quand le jour commença à s’assombrir et par chance il réussit à se faufiler jusqu’au corps inerte de Didouche. Il s’empara des documents en possession de ce dernieret revint se dissimuler dans sa cache. A seize heure trente, en hiver il faisait déjà presque nuit. Les paras ramassèrent les corps et se retirèrent. Le dix-neuf janvier 1954, l’administration coloniale, exposa à la population les corps de Didouche et des dix djoundis dans le centre de Condé-Smendou. L’administration coloniale et le colonel Ducournau obtinrent les informations par les deux prisonniers que Didouche était le chef de groupe, mais ils ne l’identifièrent pas car les hommes ne le con-naissaient que sous le nom de Si Abdelkader. Seul Zighoud Youcef savait sa véritable identi-té. La dépouille de Didouche Mourad alias si Abdelkader fut enterrée, avec les corps des djoundis ; Kerboua, Belkacem Benghersallah, Naas Omar, Bochriha Abbas, Ayache Youcef et Beloucif Alidans une fausse commune par les ouvriers communaux dans le petit cimetière de Condé-Smendou. Ducournau ignorait qu’il venait de frapper un grand coup, avec la mort du premier chef historique. Yve courrière avait conclua, à propos de la mort de Di-douche, par le témoignage suivant : « Sur le plan militaire et sur le plan psychologique, les hommes de la Zone II avaient subi une perte immense ».
Le silence du Nord Constantinois de Didouche inquiétait Krim Benkacem. Pendant dix mois aucune nouvelle, aucune liaison et aucun contact avec Didouche. Personne à Alger ni dans la Kabylie limitrophe, ne savait que Didouche était mort le 18 janvier 1955, à treize heure. Krim chargea, pourtant, Amirouche d’aller aux nouvelles. Amirouche ne trouva aucune op-portunité favorable, le risque de mettre ses hommes en danger le dissuada de s’aventurer dans une région aussi difficile d’accès que le djurdjura. Zighoud Youcef, cloitré pendant six mois avec quelques hommes, dans le douar de Mechatt dans la région montagneuse et très boisée d’El-Milia et Collo. Zighoud Youcef et Ben Toubbal étaient désemparés,ils échouèrent dans leurs tentatives de renouer le contact avec Alger. Rabah Bitat était la seule personne de leur connaissance et Ils ignoraientson arrestation et son emprisonnement. Ils mesurèrent à quel point la situation était dramatique. Didouche, extrêmement secret, menait lui-même, en ne se confiant à personne, les contacts avec Alger. Il ne divulgua à personne les noms de ses contacts, ni le mot de passe nécessaire pour établir la liaison. En outre, le jeune chef ne donnait ses directives que pour quinze à vingt jours maximum.
Albane Ramdane trouva le personnage de Didouche Passionnant. La description du portait fait par ses compagnons fascinait Albane et souhaita le rencontrer le plus rapidement pos-sible pour faire sa connaissance. Quelle occasion manquée ! le cynisme cruel du destin, maître de la tragédie des hommes, empêcha la communion intellectuelleentre, d’une part Albane Ramdane, tête de la révolution : le Robespierre Algérien et d’autre part Didouche Mourad, l’ange de la révolution : Le Saint-Just Algérien. Finalement, le destin avait été contre l’intelligence et l’allié des mauvaises postures.

Abdelaziz Boucherit


1) Zoubir Bouhadjaj ami très proche de Didouche: Yve Courrière, les Fils de la Toussaint
2) Yve Courrière : Les fils de la Toussaint, Edition Fayard, livre de poche, page 98
3) Hocine Ait-Ahmed : Mémoire d’un combattant, l’esprit de l’indépendance 1942-1952 page 143
4) Hocine Ait-Ahmed : Mémoire d’un combattant, l’esprit de l’indépendance 1942-1952 page 163
5) Mohamed Harbi : La guerre commence en Algérie, Edition complexe
6), 7), 8) Gibert Meynier : Histoire Intérieur du FLN 1954-1962 édition Fayard p 134
9) Yve Courrière : Les fils de la Toussaint, Edition Fayard, page 98
10) Hocine Ait-Ahmed : J’étais loin de penser qu’il serait un jour le chef de la Wilaya 2
11) Gibert Meynier : Histoire Intérieur du FLN 1954-1962 édition Fayard p 65
12) Yve Courrière : Le temps des léopards, Edition Fayard, Page 173
13) Yve Courrière : Le temps de Léopards, Edition Fayard, page 201
14) Yve Courrière : Le temps de Léopards, Edition Fayard, page 173
15) Hocine Ait Ahmed : Mémoire d’un combattant page 126
16) Hocine Ait Ahmed : Mémoire d’un combattant page 163
17) Commentaire tiré du blog de la Daïera de Azafoun : « Les deux fils du Chahid DIDOUCHE Mourad, ont été reçus en visite de courtoisie par le chef de Daira. Originaire du village d'Ibskriene, né à Alger en 1927, tombé au champ d'honneur en 1955 à Constantine, Di-douche Mourad est l'un des six chefs historiques de notre glorieuse révolution. L'une des communes de la Wilaya de Constantine porte son nom »
18) Commentaire tiré du blog de la Daïera de Azafoun : « premièrement je remercie le pro-prio du blog en rendant hommage à ce grand et légendaire qui est Didouche Mourad. Deuxièmement même moi je n’ai pas pensé à lui rendre hommage comme toi parce que on porte le même sang celui des (Didouche) car c’est l’oncle à mon père et je veux te dire qu’il a un frère qui est mon grand-père Didouche Hamid alias Rachid et qui la placette de golf porte son nom. Merci beaucoup mon frère je te félicite et bon continuation ».
19) Yve Courrière : « Les fils de la Toussaint » Edition Fayard, page 166
20) Mohammed Harbi : La guerre commence en Algérie, Editions Complexe, page 68
21) Témoignage oral tiré du voisinage du quartier et des amis supposés de la famille.
22) Gibert Meynier : Histoire Intérieur du FLN 1954-1962 édition Fayard p 134
23) Benjamin Stora : Dictionnaire biographique des nationalistes Algériens 1926-1954
24) La position du parti communiste et la CGT depuis 1936. « La nation Française n’est pas la nation du peuple algérien, c’est une nation étrangère au peuple algérien, c’est la nation de l’oppresseur, c’est la nation de l’impérialisme qui, par le feu et par le fer, s’est annexé l’Algérie et qui courbe sous l’esclavage la nation algérienne » (Secrétaire Barthel)
25) Hocine Ait-Ahmed : Mémoire d’un combattant, page 106
26), 27) Gibert Meynier : Histoire Intérieur du FLN 1954-1962 édition Fayard page 134
28) Gibert Meynier : Histoire Intérieur du FLN 1954-1962 édition Fayard p 93
29) Hocine Ait-Ahmed, Mémoire d’un combattant, page 143
30) Hocine Ait-Ahmed : Mémoire d’un combattant, l’esprit de l’indépendance 1942-1952 page 143
31), 32) Yve courrière, les Fils de la Toussaint, Edition Fayard, Page 79
33) Pierre Miquel : La guerre d’Algérie Edition Fayard page 127
34) Gibert Meynier : Histoire Intérieur du FLN 1954-1962 édition Fayard p 134
35) Gibert Meynier : Histoire Intérieure du FLN 1954-1962, Edition Fayard, page 87
36) Yve Courrière, Les fils de la toussaint, Edition Fayard, page 108.
37) Yve Courrière : Les Fils de la Toussaint, Edition Fayard, page 203.
38) Yve Courrière : Les Fils de la Toussaint, Edition Fayard, Page 206

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  • Questions pertinentes d'un ami...
    Igel Igel 20.10.2017 16:48
    Réponse à Amor Adams. Les questions que vous posez ne peuvent rester sans réponses pour qu'elles ...

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  • Questions pertinentes d'un ami...
    khelifabenali khelifabenali 20.10.2017 14:40
    tout simplement les arabes sont des laches impuissants

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  • Questions pertinentes d'un ami...
    NoureddineBousdira NoureddineBousdira 20.10.2017 13:09
    Ya Mohamed, Je vais peut-être étonner beaucoup de gens en paraissant exubérant et même ...

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  • Jijel/ 23 arrestations dans une descente de la gendarmerie
    christine hamad christine hamad 20.10.2017 11:39
    Je crois pas que la grâce présidentielle est responsable des crimes, les criminels existent dans ...

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  • Jijel/ 23 arrestations dans une descente de la gendarmerie
    khelifabenali khelifabenali 19.10.2017 22:12
    il ne faut oublier que tant qu'il y'a la grace présidentielle, il y aura toujours ces divers crimes et ...

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  • Alerte météo : pluies orageuses sur Jijel
    MedSouilah MedSouilah 19.10.2017 18:25
    Jijel en cette fin de journée. http://nsa39.casimages.com/img/2017/10/19/171019075310224453.jpg

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  • Images du jour de Bellara.
    MedSouilah MedSouilah 19.10.2017 17:30
    L'industrie nationale de la sidérurgie est dominée par quatre (4) principaux producteurs: Groupe ...

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  • BONNE NOUVELLE
    jijel.jijel jijel.jijel 19.10.2017 15:36
    Bonne nouvelle? ... fausse nouvelle! L'usine de ronds à béton de Bellara n'a pas produit un seul kilo ...

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  • Culture chez un oiseau
    Igel Igel 19.10.2017 12:04
    Il récupère des tiges dont il arrache des parties, ce qui leur donne comme des petits hameçons. Plus ...

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  • Jijel: Propagation du moustique tigre
    Igel Igel 19.10.2017 11:56
    Effectivement, il s'agit de santé publique mais depuis toujours et non pas à cause du moustique.

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  • Jijel: Propagation du moustique tigre
    NoureddineBousdira NoureddineBousdira 19.10.2017 09:27
    Ça y est, il est arrivé à Jijel et déjà les premières victimes ! Des enfants. Là où il pique ça enfle ...

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  • Jijel: Propagation du moustique tigre
    MedSouilah MedSouilah 19.10.2017 09:26
    http://nsa39.casimages.com/img/2017/10/19/171019105405544334.png

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