Au moins huit morts dans l'attaque du Musée du Bardo à Tunis

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Huit personnes – dont sept étrangers – ont été tuées mercredi 18 mars au cœur de Tunis, selon le ministère de l'intérieur tunisien, lors d'une attaque terroriste d'envergure dont l'apparent objectif est de fragiliser la transition démocratique tunisienne louée jusqu'à présent comme exemplaire.
L'assaut s'est produit en fin de matinée à proximité du musée du Bardo, mitoyen du parlement. Selon des témoins, les assaillants armés de kalachnikovs auraient d'abord pris pour cible un bus de touristes avant de pénétrer à l'intérieur du musée. L'Assemblée voisine a aussitôt été évacuée. Quatorze personnes auraient également été blessés, certaines grièvement, selon une source du Samu tunisien.
Le périmètre autour du Parlement et du musée du Bardo était complètement bouclé en début d'après-midi par les forces de l'ordre tandis que retentissaient les sirènes d'ambulance évacuant les blessés. Selon Khaled Moujahed, attaché de presse de l'Assemblée, quatre terroristes seraient toujours retranchés dans le musée où il détiendraient des otages.
 S'exprimant devant la presse, le guide qui avait accompagné un groupe de touristes sortant du Bardo, Wafel Bouzi, a témoigné avoir aperçu sur le parking un « jeune homme de 25 ans, normalement vêtu, sans barbe » qui tenait entre ses mains une kalashnikov. « Il la manipulait,  je pensais qu'il jouait avec puis il a ouvert le feu ». M. Bouzi a précisé que son groupe était composé de touristes hispanophones.
Cette attaque est la première opération terroriste d'envergure frappant le cœur de Tunis depuis le printemps tunisien qui avait abouti au départ de l'ex-dictateur Zine El-Abidine Ben Ali en janvier 2011. La capitale n'avait pas été épargnée par des troubles – l'assaut de l'ambassade américaine par des militants salafistes le 14 septembre 2012, les assassinats des personnalités de gauche Chokra Belaïd le 6 février 2013 puis Mohamed Brahmi le 25 juillet 2013 – mais l'assaut de mercredi visant directement des étrangers est le premier du genre. Il confirme un péril djihadiste que les responsables sécuritaires du pays sentaient venir à la faveur du chaos ravageant la Libye voisine mais aussi la permanence de foyers extrémistes dans la région du mont Chaambi à la frontière avec l'Algérie.
Cette offensive dans la capitale survient alors que le scénario politique et institutionnel tunisien semblait s'être stabilisé après les incertitudes qui avaient suivi le départ de Ben Ali. Après la victoire au scrutin législatif d'octobre 2014 de la coalition anti-islamiste Nida Tounes, le chef de celle-ci, Beiji Caïd Essebsi, âgé de 88 ans, a été élu président de la République en décembre. Un gouvernement d'union nationale a été formé dans la foulée. Dominé par le parti Nida Tounes, il comprend également une participation minoritaire du parti islamiste Ennahda, qui avait dirigé l'exécutif en 2012 et 2013. Cette réconciliation entre deux camps antagonistes qui s'étaient jusqu'alors âprement combattu avait été louée à l'étranger comme une transition exemplaire. C'est probablement cette exemplarité que les terroristes ont voulu frapper mercredi au coeur de Tunis.
 
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/03/18/coups-de-feu-pres-du-parlement-tunisien-et-d-un-musee-a-tunis_4596037_3212.html